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chez lesquels le sang finnois sembla l’avoir emporté, les Alains et les Roxolans, qui semblent avoir éte en majorité Turcs ou Tatars. L’union du Turc et du Mongol a été plus rare, et l’antagonisme des deux rameaux plus décidé. Il n’y a guère en Europe qu’un exemple de leur fusion : ce sont les Tatars-Nogaïs, qui habitaient dans les steppes du Kouban et de la Crimée, et dont un grand nombre a émigré en Turquie dans les années qui suivirent le siège de Sébastopol. Les traits de ces nomades témoignent manifestement d’un fort alliage avec les Mongols. Ils en ont gardé la taille trapue, les yeux relevés obliquement vers l’angle extrême, le nez épaté, le menton dénué de barbe. C’est là un cas isolé parmi les Tatars. En général, si le visage des Turcs de Russie indique un croisement de race, c’est plutôt avec les Finnois ou les populations caucasiques.

Il y a encore aujourd’hui dans la Russie d’Europe un peuple d’origine mongole, c’est, dans la dépression Caspienne sur les rives du Volga, les Kalmouks. Au nombre d’environ 150,000, ils promènent leurs tentes avec leurs chameaux et leurs troupeaux dans les steppes arides des gouvernemens d’Astrakan et de Stavropol. Ce sont ces 40,000 ou 50,000 familles nomades, errant à une extrémité de l’empire, dont le nom a si souvent été appliqué comme un sobriquet au peuple russe. A première vue, leur type à la chinoise les distingue presque, aussi nettement des Tatars que des Russes, et dans ces régions du Bas-Volga, encore aux trois quarts asiatiques et de sang si mêlé, l’isolement ethnologique du Kalmouk est sensible à l’œil le moins exercé. Chose remarquable, au lieu d’y être entrés à la suite de Batou et des successeurs de Ginghiz, ces Mongols du Volga ne se sont établis dans cet angle désert de la Russie qu’à une époque relativement récente. C’est à la fin du XVIIe siècle et comme vassaux du gouvernement russe qu’après une longue migration des frontières de la Chine au fleuve Oural ces sujets spirituels du dalaï-lama du Thibet entrèrent dans les steppes du Volga. Profitant de la rivalité héréditaire des tribus mongoles et des tribus tatares, la Russie employa avec succès ces nouveau-venus dans ses guerres contre les Turcs et les Tatars de Crimée; mais les tentatives du gouvernement de Pétersbourg pour les mettre dans une dépendance plus directe en décidèrent le plus grand nombre à reprendre le chemin de leur première patrie. Ils partirent en masse, donnant au XVIIIe siècle le spectacle des grandes migrations de peuples de l’antiquité. Dans l’hiver de 1770, de 200,000 à 300,000 Kalmouks passèrent avec leurs troupeaux le Volga et l’Oural sur la glace. Le dégel arrêta les autres, qui se décidèrent à rester en Russie, pendant que, malgré les attaques des Kirghiz, leurs frères regagnaient leurs anciennes demeures dans l’empire chinois.