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restes épars? C’est là une des questions qu’agitent le plus les Russes, que soulèvent le plus leurs adversaires. Pour la poser comme la posent les uns et les autres, le fond du peuple russe est-il européen ou asiatique ? Est-il slave, frère et voisin du Latin et du Germain, et par le même sang appelé à une civilisation analogue, ou bien est-il touranien, tatar ou mongol, destiné par sa constitution même à ne prendre que les formes d’une culture étrangère à sa race ? Si ce problème a reçu les solutions les plus contradictoires, c’est qu’il a été plus débattu par la passion, par la rancune ou l’orgueil national que par l’étude et l’observation, et que des deux côtés on ne s’est pas assez souvenu que l’impartialité est la première condition de toute recherche scientifique.


II.

Du chaos apparent de l’ethnographie russe émergent nettement trois élémens principaux, le finnois, le tatar et le slave, qui aujourd’hui a en grande partie absorbé les deux autres. En dehors des Juifs de l’ouest, des Roumains de Bessarabie et des Allemands des provinces bal tiques ou des colonies du sud-est, en dehors des Kalmouks des steppes du Bas-Volga, des tsiganes répandus çà et là, des Circassiens, des Arméniens, des Géorgiens, de la babel du Caucase, tous les peuples, toutes les tribus qui ont envahi la Russie dans le passé, tous ceux qui l’habitent aujourd’hui, se rattachent à l’une de ces trois races. Aussi haut que l’on remonte dans l’histoire se retrouvent sur le sol russe, sous un nom ou sous un autre, des représentans de chacun de ces trois groupes, et leur mélange n’est pas encore tel qu’il nous cache leur origine, leurs caractères distinctifs ou l’aire primitive de leur domination respective.

La race finnoise paraît celle qui a le plus anciennement occupé le plus vaste territoire dans ce que nous appelons aujourd’hui la Russie. Elle est manifestement étrangère à la souche aryenne ou indo-européenne, d’où avec les Celtes, les Latins, les Germains et les Slaves sont sortis la plupart des peuples de l’Europe. Les classifications ethnologiques placent généralement les Finnois dans un groupe plus ou moins vaste, portant l’étiquette de touranien, allophyle, mongolique, mongoloïde, dénominations plus ou moins justes d’un cadre aux contours indécis, qui ressemble parfois à une sorte de caput mortuum où philologues et anthropologistes auraient rejeté les peuples de l’Europe et de l’Asie qu’ils ne pouvaient classer parmi les Aryens et les Sémites. Dans l’intérieur de cette race mongolique qui, du Japon à la Hongrie, embrasse tant de familles humaines, les Finnois sont le plus souvent rattachés à un rameau désigné sous le nom d’ouralo-altaîque, l’es-