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raconter à ses électeurs dans un meeting la conversation qu’il avait eue à Berlin, M. de Bismarck, en se laissant aller à ces effusions, voulait-il tout simplement éblouir son interlocuteur ? Avait-il quelque raison particulière de laisser espérer une solution propre à contenter les populations du Slesvig et le Danemark ? Toujours est-il que rien n’est venu, rien n’a été fait jusqu’ici ; mais le prince Frédéric-Guillaume est parti récemment pour son tour de Scandinavie, et, passant par la Suède, il est allé faire sa visite à la cour danoise, où il s’est rencontré avec le grand-duc héritier de Russie.

La présence du prince de Prusse à la petite cour de Danemark était certes de nature à réveiller d’assez cuisans souvenirs. On a jeté un voile sur le passé. Le prince allemand, que l’héritier de la couronne de Danemark était allé chercher à Malmoë, a été accueilli avec une politesse digne et simple à la résidence royale d’été de Fredensborg. On lui a fait les honneurs du brave et honnête pays dont il était l’hôte, on lui a même fait la galanterie de l’ordre de l’Éléphant, et à cette hospitalité généreusement gracieuse il a répondu à son tour en portant un toast, dans un dîner de cour, à la famille royale danoise, en exprimant l’espoir du rétablissement des bons rapports entre le Danemark et l’Allemagne. Partout où le prince prussien a paru en public, l’attitude de la population paraît avoir été courtoise, mais silencieuse. Que de bons rapports puissent se rétablir entre le Danemark et l’Allemagne, c’est après tout assez facile. Sans doute il y a des conséquences de la guerre de 1864 ! qui ne peuvent pas s’effacer ; l’Allemagne du moins pourrait se montrer équitable dans l’interprétation et dans l’exécution d’un traité qu’elle a imposé, qu’elle a signé d’une main victorieuse. Elle a pris ce qu’elle a voulu ; qu’elle respecte le reste, qu’elle ne retienne pas des populations attachées par leurs vœux et par leurs intérêts au petit royaume du nord. Jusqu’ici, c’est le cabinet de Copenhague qui fait tous les frais de modération et de conciliation ; il vient de le prouver encore en consentant à livrer à la Prusse les archives slesvigoholsteinoises, dont il n’avait pas voulu encore se dessaisir. Si c’est là tout ce qui doit résulter de la visite du prince Frédéric-Guillaume et des démonstrations de M. de Bismarck, la nation danoise, qui n’en est plus à savoir ce que c’est que la rapacité germanique, qui l’a trop éprouvée, saura désormais, à n’en pouvoir plus douter, ce que c’est que la politesse allemande. Elle saura que les visites princières ne guérissent pas les blessures nationales, qu’après les politesses de cour les ambitions comme les intérêts restent les mêmes, et que ceux qui ont pris le Slesvig peuvent bien aussi menacer le Jutland.

Connaissez-vous le pays où la guerre civile et l’insurrection fleurissent comme les orangers ? C’est cette malheureuse Espagne, où depuis plus de six mois se déroule un drame compliqué, fantasque, insensé,