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forts vers ce qui existe pour l’améliorer et le consolider par le concours de tous les hommes de bon sens et de bonne volonté qui mettent l’intérêt public au-dessus de leurs passions et de leurs préférences.

Oui, de toute façon il faut qu’on sache à quoi s’en tenir, et qu’une question de ce genre, à laquelle sont suspendues les destinées du pays, sorte du demi-jour des combinaisons et des négociations intimes. Quelles seront les conséquences de la dernière entrevue de Frohsdorf ? Quelles sont les pensées et les intentions de M. le comte de Chambord ? Qu’a rapporté de son voyage auprès du prince M. Lucien Brun, qui est un député légitimiste très prononcé et en même temps attaché aux idées parlementaires ? Au fond, ce serait une étrange illusion de croire que l’entrevue de Frohsdorf, en simplifiant la situation dynastique, a changé les conditions dans lesquelles la monarchie pourrait redevenir le régime politique de la France. Aujourd’hui comme hier, il n’y a qu’une monarchie possible, c’est la monarchie constitutionnelle et même suffisamment libérale, parce que seule elle est une garantie pour le pays et peut donner satisfaction à tous les intérêts de liberté ou de stabilité, parce que seule elle répond à tout cet ensemble de faits et d’idées qui résument désormais la vie nationale. Que la monarchie ait son passé » qu’elle se lie à l’histoire de France et qu’elle puise dans ses traditions le titre le plus sérieux, oui, assurément elle est une institution historique, et c’est là sa force, c’est ce qui en fait un pouvoir ayant du premier coup ce que les gouvernemens n’acquièrent qu’à la longue et par bien des efforts, l’honneur et la considération devant le monde ; mais en même temps, il ne faut pas l’oublier, il y a toute cette société moderne qui s’est formée dans l’enfantement le plus laborieux, qui depuis quatre-vingts ans s’est créé à elle-même ses traditions, qui a désormais ses droits, ses intérêts, ses idées, ses libertés, son drapeau. Si entre ces élémens divers il n’y a point un traité de paix, un contrat d’union rapprochant ces forces et les rassemblant en faisceau pour les faire concourir ensemble au libre et pacifique développement du pays, si on commence par une sorte de désaccord moral organisé, où est la moindre garantie de durée pour tout ce qu’on peut faire ? Vous prétendez promettre la stabilité, c’est le bienfait de la monarchie, et vous commencez par déposer dans votre œuvre des germes d’inévitables conflits, une cause incessante de guerre et de destruction ! Mais c’est là imposer des conditions à la royauté, dit-on gravement. Et quand cela serait ? Où donc y a-t-il au monde une puissance dispensée de se plier aux nécessités du temps ? Les conditions, elles sont dans la nature des choses, dans l’état social et moral d’un pays : il n’y a aucune humiliation à les subir, il n’y a que de la raison et de la prévoyance à les reconnaître et à s’y conformer. Est-ce que la reine d’Angleterre se sent humiliée parce que son pouvoir est enfermé dans d’étroites limites ? Est-ce que l’empereur d’Autriche lui-même s’est senti abaissé le jour