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Ce mot est l’emblème de l’Espagne ; les siècles passent, elle se succède à elle-même. Les Italiens, qui ne sont pas jeunes, ont fait preuve dans ces dernières années d’un esprit de conduite qui a singulièrement avancé leurs affaires. La jeunesse, ce bien précieux, est une terrible chose en politique ; l’expérience ne l’instruit point, elle est l’éternelle recommenceuse. La jeunesse ne sait ni prévoir, ni obéir, ni craindre ; elle ne craint pas même ce que les sages appréhendent plus que tout le reste, l’inconnu. « Rien ne m’effraie tant que l’indéfini, disait un jour aux cortès de 14870 l’un des premiers orateurs de la tribune espagnole, M. Canovas del Castillo. Je ne crains pas. les multitudes, je ne crains pas les réformes, je ne crains pas même les grandes catastrophes de l’histoire, quand elles ont des solutions déterminées et nettes. En revanche, je redoute tout mouvement politique, pour inoffensif qu’il paraisse, lorsqu’il ne répond pas à une formule précise, lorsqu’il est engendré par des illusions, par ces fantômes qu’on appelle les idées vagues, lesquelles conduisent le plus souvent à de terribles déceptions et à de funestes reculs. » Et il disait encore : « Je ne crains ni les compromis, ni les responsabilités, ni l’injustice de mes adversaires ; je ne crains qu’une chose, c’est l’inconnu, et jamais je ne transigerai avec lui. »

Quand la jeunesse a fait un pacte téméraire avec l’inconnu, et que l’inconnu l’a trompée, elle n’accuse point son aveuglement, elle s’en prend aux choses et aux hommes, et, s’irritant contre ses maux, elle n’en cherche pas longtemps le remède ; le premier qui se présente lui semble bon, son impatience recourt aux expédiens. « Il y a, messieurs, disait la même année le même orateur, il y a dans le cœur et dans la manière de sentir de notre peuple une fatale disposition qui, aidée par l’imprévoyance, le pousse à remplacer sans examen suffisant une solution par une autre, à chercher dans un changement d’attitude un remède facile à ses embarras, qui ne se laissent pas si aisément corriger. La disposition dont je parle se révèle par des phrases comme celles-ci, que nous entendons répéter tous les jours : tout plutôt que cela, il faut sortir à tout prix de ce mauvais pas, et par le premier chemin venu ! Ce triste programme, l’histoire en fait foi, est la cause permanente des fréquentes et déplorables perturbations qui pendant plus de quarante ans ont affligé notre pays. » C’est ainsi en effet que les peuples jeunes ne voient de remède à une révolution manquée que dans une nouvelle révolution. Ils ressemblent à ce goutteux qu’un empirique se fit fort de guérir. Les drogues opérèrent si bien qu'après peu de jours le malade n’était plus goutteux ; mais il était devenu paralytique, et on assure qu’il s’écriait dans ses oraisons : Seigneur Dieu, rendez-moi ma goutte ! Le ciel entend souvent des vœux pareils au lendemain des