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nombreuses (latines et berbères), des cimetières voisins de La Calle. Grâce aux soins patiens et aux efforts successifs de MM. de Saulcy, Reboud, Duveyrier, Faidherbe, Judas, Halévy, Letourneux, ces petits textes ont été recueillis, étudiés, et constituent un curieux chapitre des études paléographiques et épigraphiques. L’origine de cette écriture est incertaine, il n’est pas sûr que les Berbères l’aient inventée de toutes pièces; ce n’en est pas moins un fait bien remarquable que cette race, en apparence si déprimée, ait un alphabet à elle, un alphabet qu’on n’a jusqu’ici trouvé nulle part ailleurs que sur les côtes barbaresques et dans le Sahara, et qui, selon toutes les apparences, n’a jamais servi à écrire que le berbère.

C’est surtout par la langue que la race berbère a triomphé de ses ennemis. Quoique des populations entières du littoral aient perdu tout souvenir de leur origine, qu’elles ne parlent plus que l’arabe, qu’elles se disent et se croient sincèrement arabes, d’autres fractions de la race berbère, même dans la région maritime, ont gardé et leur langue, mêlée il est vrai d’arabe, et leurs mœurs, altérées jusqu’à un certain point par la conquête musulmane. Ce sont les tribus qu’on appelle kabyles. Si l’on s’enfonce dans l’intérieur, le vieux fond se retrouve bien plus pur. Le touareg, langue autochthone de toute l’Afrique du nord, est sans mélange d’arabe. Pour étudier la physionomie de ces curieux idiomes, le touareg est donc un type bien préférable au kabyle. Le général Hanoteau, dans ses deux grammaires kabyle et touareg, a présenté les traits principaux de ce grand système linguistique avec sincérité, sans parti-pris, en laissant prudemment aux philologues comparatifs le soin de tirer les conséquences des faits bien observés qu’il leur soumet. -— Il peut sembler ambitieux de parler de littérature à propos de peuples aussi peu littéraires. M. Hanoteau a néanmoins recueilli ce qu’on a de la littérature berbère, c’est-à-dire quelques chants populaires, quelques récits.

L’histoire des Berbères est obscure; on la conclut surtout de l’histoire des autres races qui ont été en rapport avec eux. Les Berbères ont eu cependant un historien qu’on peut appeler de génie, l’Arabe Ibn-Khaldoun. Dans sa vaste encyclopédie historique, le monument de beaucoup le plus surprenant que nous ait légué l’historiographie musulmane, Ibn-Khaldoun consacre aux Berbères un livre entier, qu’a publié et traduit avec sa sûreté ordinaire M. de Slane. — Quant à la vieille religion africaine, elle a disparu sans retour; l’islamisme l’a complètement oblitérée. On parle vaguement de quelques massifs de montagnes très avancés vers le sud, chez les Touaregs, où les habitans ne seraient pas musulmans; peut-être sont-ils chrétiens, peut-être juifs. Jusqu’à présent nous n’avons, pour connaître le culte indigène de l’Atlas, du Sahara et des côtes