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au plus vite ses pertes, de réorganiser à demi ses forces. A ce moment, le 3 et le 4 décembre, on ne savait encore rien de ce qui se passait à Orléans, de la défaite de l’armée de la Loire, qu’on croyait seulement engagée, et le général Ducrot songeait si peu à rester dans l’inaction qu’il n’avait pas perdu une heure pour réunir ses chefs de corps, qu’il rudoyait même assez vivement ceux qui paraissaient mettre en doute la possibilité de revenir si promptement au combat. La lettre de M. de Moltke, survenant tout à coup le 5 décembre, changeait sensiblement les choses. Elle faisait reparaître cette idée d’une négociation possible à laquelle se rattachaient toujours quelques membres du gouvernement, que le général Ducrot lui-même en venait à ne plus croire inacceptable au lendemain d’actions de guerre qui avaient relevé l’honneur des armes. Le général Trochu avait tranché la question par sa réponse. C’était la première fois qu’un dissentiment sérieux s’élevait entre les deux chefs militaires. Dans tous les cas, puisque la défaite d’Orléans ne pouvait plus guère être mise en doute, puisque l’armée de la Loire reculait au lieu de se rapprocher, on n’était plus aussi pressé à Paris, on pouvait tout au moins se donner quelques jours de plus pour remettre l’armée en état de reprendre la lutte.

Elle avait en effet souffert beaucoup, plus qu’on ne le croyait d’abord, cette armée de Champigny. Elle avait été atteinte dans son personnel, dans ses cadres, encore une fois désorganisés, dans son matériel. Des trois corps de l’armée de Ducrot, on en faisait deux aux ordres du général de Maussion et du général d’Exéa, avec une forte réserve sous le général Faron. La division de Malroy, dont faisait partie cette brigade Paturel si sérieusement éprouvée le 2 décembre au « four à chaux [1] , » était envoyée à la troisième

  1. Un officier des mobiles de la Côte-d’Or, M. Paul Cunisset, présent aux affaires de Champigny, s’est fait un devoir, dans un récit qu’il m’a adressé, d’éclaircir et de préciser le rôle de son régiment dans la nuit du 1er au 2 décembre 1870. Le récit du jeune officier est très vif, très intéressant, et il est inspiré par un sentiment trop honorable pour que je ne donne pas place à l’explication qu’il contient. Il en résulte que les mobiles de la Côte-d’Or, qui sont rentrés à Champigny dans la nuit du 1er au 2, étaient là par ordre du général de brigade, que pendant la bataille du 2 ils se sont retirés en arrière, au bois du Rant, sur l’ordre du même général; que si le matin on a été surpris aux grand’gardes, c’est qu’on se croyait protégé par d’autres troupes, et que néanmoins, l’affaire une fois engagée, on a tenu le mieux qu’on a pu avec 300 hommes restés en position. Rien de mieux. Il est à peine besoin d’ajouter que ce que j’ai dit moi-même n’avait nullement pour objet de mettre en doute les services des mobiles de la Côte-d’Or pendant le siège et moins encore la vigueur militaire du colonel de Grancey, mort très glorieusement le 2 au matin, entre Champigny et le « four à chaux, » à la tête de ses soldats. La vraie cause des désordres de cette matinée, c’est l’inexpérience de jeunes troupes et une certaine confusion d’ordres. Voilà tout.