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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/982

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thies, sans cesser d’être réelles, hésitent à se prononcer, et on en vient à cette conséquence malheureusement assez simple dans une situation par elle-même si extraordinaire : pendant que le gouvernement met tout son zèle, toute son habileté, tous ses efforts, à rétablir par degrés le crédit politique et moral de la France, des agitateurs sans respect pour leur patrie, sans ménagement, sans prévoyance, passent leur temps à défaire l’œuvre laborieuse et patriotique de ceux qui ont reçu la mission de diriger les destinées de leur pays.

Il faut dire les choses telles qu’elles sont et regarder cette situation en face. Qu’on imagine le radicalisme, qui se croit sûr de son prochain triomphe, arrivant au pouvoir maintenant, dans six mois, dans un an, en un mot avant la libération définitive du territoire : qui donc sera la première victime, si ce n’est la France elle-même ? M. Gambetta ne reprendrait pas aussitôt la guerre à outrance contre l’Allemagne, c’est très vraisemblable ; on peut soupçonner au contraire que son premier soin serait d’envoyer un émissaire à Berlin pour rassurer la Prusse sur ses intentions, si par hasard la Prusse tenait à être rassurée. L’effet ne serait pas moins exactement le même. De toutes parts, la confiance se retirerait de notre pays, le crédit serait suspendu, la réalisation complète de l’emprunt deviendrait peut-être impossible, et le résultat serait l’occupation indéfinie de Belfort ! Ce serait le dernier prix d’une victoire révolutionnaire. Voilà la vérité qu’il ne faut pas se dissimuler, voilà le danger auquel on expose le pays. Il y a des radicaux, il est vrai, qui ne s’inquiètent pas de ces détails, et qui font une propagande d’un autre genre. Ils s’en vont dans les campagnes, répétant aux paysans que la seule revanche pour la France, c’est la république, que la république radicale, une fois proclamée dans notre pays, c’est la mort de tous les gouvernemens en Europe, — que par conséquent on n’a pas besoin de leur prendre leurs enfans, de créer des armées nombreuses, et que par suite enfin tous les impôts qu’on leur inflige sont des impôts inutiles, des impôts monarchiques. Ce sont là les indignités qu’on propage dans une intention malsaine de popularité ; si elles pouvaient arriver jusqu’à l’esprit simple des habitans des campagnes, si elles réussissaient par surprise dans un jour de vote, ce serait la ruine définitive de notre patrie, et c’est ainsi que le radicalisme, par ses ambitions avouées comme par ses propagandes clandestines, est un péril permanent pour la France, pour notre grandeur nationale. Qu’arriverait-il donc, s’il triomphait, puisqu’il lui suffit aujourd’hui de se montrer pour qu’on ressente aussitôt le contre-coup de son apparition dans tout ce qui reste à faire pour la libération du territoire ?

Le radicalisme, par ses équipées agitatrices, sert la république elle-même comme il sert la France ; il compromet tout ce qu’il touche, tout ce qu’il prétend soutenir, et M. Thiers a pu dire l’autre jour avec la plus grande netteté de raison et d’observation, devant la commission de per-