Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/892

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



II.

On a vu que la première grande épidémie observée aux Indes, avant son apparition en Europe, s’est produite en 1817; c’est à cette époque que le choléra devint voyageur, mais il existait en Asie depuis longtemps. Les témoignages de la philologie et de l’archéologie établissent d’une façon décisive qu’il y a été connu de toute antiquité. La mythologie hindoue raconte que les deux Aswins ou fils de Surya (le soleil) enseignèrent la médecine à Indra, lequel composa l’Ayur-Véda, le plus ancien livre médical de l’Inde. A son tour, Indra enseigna la médecine à Dhawantrie, et celui-ci eut pour disciple Susruta, contemporain de Rama, le héros du Ramayana. Or Susruta a laissé un ouvrage qui existe encore, que le docteur Wise, directeur du service médical au Bengale, a traduit et résumé en 1845, et où l’on trouve une description nette du choléra. Il est difficile d’assigner la date de cet écrit; cependant M. Tholozan croit avoir de bonnes raisons de la placer vers le IIIe siècle avant l’ère chrétienne. D’autres ouvrages sanscrits de la même époque mentionnent une maladie semblable. Le document le plus curieux est une inscription relevée à Vizzianuggur par M. Sanderson, sur un monolithe qui fait partie des ruines d’un ancien temple. Cette inscription, qui est attribuée à un disciple de Bouddha et qui paraît dater d’une époque antérieure à la conquête d’Alexandre, porte ce qui suit : « Les lèvres bleues, la face amaigrie, les yeux caves, le ventre noueux, les membres contractés et crispés comme par l’effet du feu, caractérisent le choléra, qui descend par la maligne conjuration des prêtres pour détruire les braves. La respiration épaisse adhère à la face du guerrier, ses doigts sont tordus en différens sens et contractés; il meurt dans les contorsions, victime de la colère de Siva. » — Beaucoup d’ouvrages hindous et persans de date plus récente renferment des documens analogues. Quand les Portugais dès 1498, plus tard les Hollandais et les Anglais, abordèrent sur les côtes de l’Inde, ils eurent de nombreuses occasions d’observer le choléra épidémique, et il n’est pas étonnant que la description de cette maladie ait pu être faite au XVIIe siècle par des médecins européens. On a encore les annales détaillées des épidémies qui sévirent au XVIIIe siècle, et dont la plus fameuse est celle de Hurdwar. Bref, à quelque âge qu’on se reporte, on trouve un des anneaux de la longue chaîne chronologique du choléra, laquelle commence avec les plus anciens livres de la médecine hindoue.

Les causes qui de tout temps ont favorisé le développement du choléra aux Indes y agissent encore aujourd’hui. Presque tous les