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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/871

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regard doux et de très belles manières [1]. Son courage à la guerre était bien établi, la conduite des troupes lui était même familière. Il remplissait des charges considérables et possédait de grands biens du chef de sa femme, qui était de Savoie; mais il était dépourvu de ces moyens sympathiques par lesquels les siens avaient exercé tant d’influence sur les masses. Égoïste, nonchalant, irrésolu, son esprit s’anima vivement sous le coup d’une violence qui s’attaquait à l’existence même de sa race, et qui le menaçait personnellement lui-même, car l’ordre de l’arrêter à Lyon avait été donné à un homme très déterminé, aux mains duquel il échappa. Proclamé lieutenant-général du royaume, il s’est trouvé porté plus haut que son frère n’avait été, recueillant le bénéfice d’une explosion de révolte que ce dernier n’aurait osé provoquer, investi de la dictature du parti catholique en France, soutenu par Philippe à et les troupes espagnoles, et par la surexcitation universelle de la ligue. Disposant ainsi d’une force formidable, il n’a su ni conduire une si grande partie, ni garder la confiance de ses alliés, ni recueillir une couronne tombée, ni la placer sur la tête de personne, car les candidatures fourmillèrent. Les autres membres de sa famille n’ont pu que l’aider à organiser une rébellion qui a fini par s’user entre leurs mains. Dans le sein même du parti, leur considération politique reçut un rude échec par l’avortement d’un projet ayant pour but d’unir le fils du duc de Mayenne avec une fille de Philippe II, mécontent de n’avoir pas été nommé protecteur de la France. La direction supérieure des affaires de la ligue flotta donc entre les atrocités, les divisions d’influence, les convoitises insensées et le ridicule. Je ne parlerai point des agitations stériles de la duchesse de Montpensier, ennemie personnelle d’Henri III, qui échangeait avec lui de sanglans quolibets, qui faillit un jour mettre la main sur la personne royale, et qui ne fut pas étrangère peut-être au régicide accompli à Saint-Cloud.

Il n’y avait qu’une lueur d’espérance et d’ordre pour la France éperdue et réduite aux plus cruelles extrémités: elle était dans le camp d’Henri de Navarre, proclamé roi par le dernier Valois expirant, et reconnu tel conformément à la loi nationale par son armée, par le parti protestant, par quelques corps de magistrature restés fidèles au droit royal, par les catholiques modérés demeurés attachés à la maison de France et formant ce qu’on nommait le parti politique, avec une portion considérable de l’épiscopat français, qui ne reconnaissait point à la cour de Rome le droit de contrôle qu’elle s’arrogeait sur les conditions de succession à la couronne de France. Ce tiers-parti avait été sinon fondé, du moins consacré

  1. Lippomano, dans le recueil du Tommasco, t. II, p. 641.