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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/857

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roi. A Saint-Barthélemy, église aujourd’hui abattue, alors debout en face du Palais de Justice, le premier président de Harlay assistait à vêpres au banc d’œuvre, au milieu d’une foule compacte; le prédicateur exigea des assistans le serment par main levée d’employer jusqu’au dernier denier de leur bourse et jusqu’à la dernière goutte de leur sang pour venger la mort des deux victimes, et, apostrophant M. de Harlay, qui était devant lui, il cria par deux fois : « Levez la main, monsieur le président, levez-la bien haut encore plus haut, s’il vous plaît, que le peuple la voie, » ce qu’il fut contraint de faire, dit Lestoile, non sans danger du peuple, auquel on avait fait entendre que le premier président avait conseillé la mort des deux princes lorrains. A partir de ce jour, Paris fut en insurrection déclarée. Les armes et emblèmes de la royauté furent partout abattus, et le gouvernement communal des seize fut substitué au gouvernement royal ; la Sorbonne déclara que Henri de Valois était déchu de la couronne, que tous les Français étaient relevés de leur devoir d’obéissance envers lui, et que tout catholique pouvait et devait prendre les armes contre le tyran. Cette sentence fut publiée à son de trompe dans tout Paris, et souleva toutes les passions déchaînées. De Paris, l’insurrection gagna les grandes villes : Lyon, Orléans, Amiens, Poitiers, Chartres, Troyes, Bourges, la Normandie, la Champagne, la Bourgogne, Marseille, Toulouse, Narbonne, Bordeaux. La révolte fut générale, et la ligue put se croire partout triomphante. Au lieu de courir à Paris avec les troupes dont il pouvait disposer pour achever militairement ce qu’il avait commencé traîtreusement, le roi perdit son temps à Blois en vaines écritures et en dispositions stériles. à avait été hardi dans le coup; il resta imprévoyant dans les suites et laissa développer la rébellion. Vainement il essaya de l’apaiser alors par des offres séduisantes et par des concessions. Répondant à ses propositions par des injures, on se montra résolu à repousser tout accord avec un souverain pour lequel on n’éprouvait plus que du mépris.

Paris parlait déjà de se gouverner en république, sans roi, ni princes d’aucune sorte, lorsque le survivant des princes assassinés, qui avait gagné du temps sur Henri III, arriva dans la capitale à la tête d’une armée levée dans la Bourgogne et la Champagne. Le roi venait de congédier les états (12 janvier 1589), le duc de Mayenne en remplaça l’autorité par un conseil général de l’union des catholiques, et, comme la royauté avait été déclarée vacante, il se fit nommer lieutenant-général de la couronne, à l’imitation de ce qui avait été fait en Angleterre pendant la guerre des deux roses. Le nouveau gouvernement fut reconnu en France par les villes et provinces engagées à la ligue, et à l’étranger par Philippe II, qui jeta le masque en cette occasion. Paris fut livré à la terreur des exécu-