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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/775

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division de cavalerie avec quelques bataillons de landwehr pour les porter vers l’ouest, dans la direction du Mans, de sorte que Chanzy allait se trouver plus que jamais menacé. Le 14 et le 15 décembre, la lutte s’engageait de nouveau sur les bords du Loir. C’était la bataille de Vendôme, qu’on avait à livrer avant d’avoir pu même reconstituer à demi l’armée.

C’était à la vérité moins une bataille rangée qu’une tentative de défense désespérée, une série d’engagemens sur cette ligne du Loir, — à Fréteval, où les troupes du grand-duc se heurtaient contre le 21e corps français, — en avant de Vendôme, où les divisions du 16e et du 17e corps recevaient le choc des premières colonnes du prince Frédéric-Charles. Un instant, dans l’après-midi du 15, la mêlée devenait sérieuse, et après tout cette malheureuse armée, qui était toujours au feu, avait assez énergiquement résisté pour ne pas s’avouer vaincue, pour pouvoir passer la nuit sur le plateau qu’elle occupait depuis la veille. Elle avait en définitive repoussé l’attaque allemande. On avait cependant perdu la meilleure position, celle de Bel-Essort, la défense de Vendôme devenait par le fait aussi périlleuse que difficile, et le général Chanzy se trouvait dans la situation la plus grave, la plus déficate.

Que pouvait-il, que devait-il faire ? Attendrait-il un second combat pour le lendemain ? Il sentait que son armée succombait à la lassitude, que, si l’ennemi recommençait la lutte avec des forces nouvelles, il n’aurait à lui opposer que des bataillons épuisés. Sur ce point, il ne pouvait nourrir la moindre illusion, il le voyait, et ses chefs de corps les plus énergiques lui avouaient avec tristesse qu’il n’y avait plus à compter sur une résistance sérieuse de leurs soldats. Tout ce qui était possible, il l’avait fait ; il s’était maintenu le soir sur ses positions, peut-être un peu pour ne pas paraître céder un terrain qu’on n’avait pas pu lui enlever, surtout aussi parce qu’il craignait qu’une retraite pendant la nuit ne devînt un désastre, une vraie débandade, et cette nuit même ne faisait qu’ajouter aux souffrances de ses troupes, obligées de camper dans la boue et la neige, au milieu de l’humidité et du froid, sans pouvoir allumer un feu de bivouac. Aller au-delà était impossible, il fallait prendre un parti, le temps pressait. Chanzy se décidait à repasser le Loir, et la retraite commençait avant le jour. Tout était d’ailleurs assez bien combiné pour que les premiers mouvemens, protégés par un brouillard du matin, pussent être dérobés à l’ennemi. Successivement les corps se repliaient, s’écoulaient à travers la ville et passaient la rivière. Quand les Allemands s’aperçurent de cette sorte d’évasion vers neuf heures du matin, l’armée française était en sûreté, les ponts venaient de sauter. Il restait une dernière inquiétude : il