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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/696

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préparé, peut devenir excellent, comme le prouvent de récens essais dus à nos compatriotes; rien n’empêche de raréfier à Zara l’huile qu’on envoie en France. L’état doit sans violence et avec le temps changer les conditions du colonat, répandre l’instruction agricole. Des sociétés maritimes s’établissent dans le district de Raguse; pourquoi toute la province ne suivrait-elle pas cet exemple et celui que donnent depuis longtemps les Cattarins? Les habitans des Bouches vivent sur mer : on les trouve dans tout l’Orient; ils font leur fortune au dehors, ils ne reviennent chez eux que pour les années de repos. Laisser aux Dalmates toute liberté d’initiative, leur assurer un gouvernement paternel ne suffit pas. On peut compter qu’ils feront beaucoup; le pouvoir central doit encourager, guider, éclairer ces premiers essais, répondre aux vœux de la diète, qui voit le mal, comme tous ses comptes-rendus en témoignent, et qui veut y porter remède.

Le 26 décembre 1805, le traité de Presbourg cédait la Dalmatie à la France; le 26 avril 1806, un décret signé à Saint-Cloud nommait gouverneur-général de la province, sous le titre de provéditeur, un Italien, membre de l’institut de Milan, Dandolo. Ce savant modeste et presque inconnu avait rencontré autrefois Bonaparte, général des armées de la république. Le premier consul l’avait revu après Marengo, il avait apprécié en lui un homme pratique, visité ses fermes, ses exploitations agricoles, il le jugeait capable de faire un bon administrateur. Il lui demanda un dévoûment sur lequel il pouvait compter. Le plan que Dandolo devait exécuter était arrêté en partie d’avance, le succès en était assuré; l’empereur savait ce qu’il voulait, il choisissait bien ses mandataires. A ceux qui concouraient à son œuvre, rien ne manquait pour le but qu’il fallait atteindre. Appliquer en Dalmatie les principes nouveaux du droit public français, assurer l’égalité, développer la richesse du pays, trancher les abus dans le vif, et cependant tenir compte des difficultés que léguait le passé, tel était ce programme. Cinq commissaires spéciaux, sorte de missi dominici, furent délégués pour visiter la province; chacun d’eux en étudia une partie où il fixa sa résidence pour correspondre sans cesse avec Dandolo. En deux ans, les réformes étaient accomplies; le 12 août 1807, le provéditeur pouvait écrire à Napoléon : « L’organisation de la Dalmatie est terminée. »

L’Autriche n’avait fait qu’occuper quelques années la province; Venise, durant plusieurs siècles, n’avait songé qu’à ses propres intérêts : tout était à créer. Les pouvoirs furent divisés, l’autorité judiciaire séparée de l’autorité administrative, le gouvernement civil du gouvernement militaire. Des tribunaux de première instance s’ouvrirent dans les chefs-lieux d’arrondissement, une cour d’appel à Zara. Chaque village reçut un conseil municipal qui dut se borner