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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/676

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intelligente que l’homme, si son intervention dans la politique rencontre des obstacles naturels, si elle rend la famille impossible, si du moins elle la compromet gravement dans son existence physique et dans ses conditions d’harmonie morale?

Cela ne veut pas dire d’ailleurs que M. Mill ait réussi à prouver les aptitudes politiques des femmes. Ses exemples historiques ont peu de valeur. Elisabeth et Catherine ont pu être de grandes souveraines; s’ensuit-il nécessairement que les femmes aient en général les qualités qui font le bon électeur? Outre que ces personnages pouvaient être des exceptions par leurs qualités innées, plus rapprochées de notre sexe que du leur, outre aussi que plus d’une parmi les femmes-rois dont l’histoire atteste le sage gouvernement a su employer souvent avec beaucoup de savoir-faire des ministres capables, il faut remarquer qu’elles faisaient ici leur métier, c’est-à-dire leur spécialité, de régner. La politique était leur vie, leur élément. Il serait déraisonnable d’attendre de l’immense majorité des femmes de notre société bourgeoise et démocratique si occupée, si concentrée dans les tâches intérieures, une vocation politique si exclusive, et rien ne paraîtrait moins à désirer. D’une façon générale, l’aptitude politique est fort rare chez les femmes. Elles sentent plus qu’elles ne raisonnent. Même politiquement, comment ne pas faire observer d’ailleurs que leur influence est grande quand elles se bornent à représenter les grands courans de l’opinion? Elles s’émeuvent au nom du sentiment moral; elles portent en bien, en mal, la flamme de la passion dans la politique. Raisonner de sang-froid et avec un peu de suite, raisonner sans que le sentiment ait tranché la question, même avant que la phrase destinée à exprimer leur jugement soit achevée, est ce qu’il y a de plus rare au monde chez les femmes qui sont véritablement femmes. C’est sans doute ce qui faisait dire à un contemporain célèbre, M. de Lamennais, avec trop de sévérité, je le crois : « Je n’ai jamais rencontré de femme qui fût en état de suivre un raisonnement pendant un demi-quart d’heure. Elles ont des qualités qui nous manquent, des qualités d’un charme particulier, inexprimable; mais, en fait de raison, de logique, de puissance de lier des idées, d’enchaîner les principes et les conséquences et d’en apercevoir les rapports, la femme, même la plus supérieure, atteint rarement à la hauteur d’un homme de médiocre capacité. L’éducation peut être en cela pour quelque chose, mais le fond de la différence est dans celle des natures. » Un moraliste qui a bien connu les femmes, La Rochefoucauld, avait vu à l’œuvre les femmes politiques du temps de la fronde. Cela ne paraît pas lui avoir inspiré une admiration démesurée pour elles à ce point de vue. Ce qu’il remarque partout chez les femmes, c’est le sentiment. Parle-t-il de leur esprit, de leur raison, voici en quels termes il les