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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/673

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qui persuadera-t-on que nous renvoyons ainsi les femmes à la quenouille du bon vieux temps? Bien volontiers nous leur donnons la parole; nous demandons seulement que soit gardée la loi suprême de leur sexe, cette pudeur qui dans les assemblées politiques et les clubs met un sceau sur les lèvres, infans namque pudor, dit Horace. L’objet que s’est proposé M. Mill va bien plus loin. L’idée qu’il développe, c’est que la femme est pour l’intelligence, comme à tous autres égards, sauf peut-être pour la force physique, et encore il n’est pas bien sûr que notre avantage là aussi ne soit à ses yeux un pur effet de l’éducation, absolument l’égale de l’homme. Pour parler d’une manière plus conforme à son point de vue, elle est non pas pas seulement son égale, mais sa semblable. C’est en effet sur cette thèse uniquement qu’il appuie la rigoureuse égalité des droits civils et des droits politiques pour les deux sexes, charte future de l’humanité dont il se présente comme le précurseur au nom de la raison et de la logique, et, comme il dit, de la justice.

Qu’elle porte sur l’intelligence ou sur tout autre point, nous avouerons que la querelle de préséance entre les deux sexes nous a toujours paru ridicule et oiseuse. Quant à l’idée de la parfaite égalité et plus encore de la parité intellectuelle de l’homme et de la femme, comment ne pas voir qu’elle est de tout point une idée fausse? Et d’abord peut-on se flatter de la résoudre soit par de simples affirmations, soit par une argumentation purement logique comme celle que met en avant l’auteur du livre sur l’assujettissement des femmes? Établir en ce genre des parallèles est une opération des plus périlleuses, si même elle n’est tout à fait chimérique. Tel par exemple possédera ce genre de pénétration qui lit dans les cœurs, tel aura l’espèce de sagacité qui réussit à voir clair dans des problèmes scientifiques compliqués. A qui donner la préférence? Je ne le sais, et j’ajoute qu’il m’importe assez peu de le savoir. Y a-t-il donc une commune balance où l’on puisse peser les écrits d’une Sévigné et les œuvres d’un Laplace? Il y a des comparaisons qu’un bon esprit n’aime pas à faire, surtout avec le parti-pris de décerner une supériorité absolue ou de déclarer rigoureusement un ex æquo. Laissons les diversités à leur place, admirons des qualités admirables en effet, chacune dans leur genre, et gardons-nous bien de chercher mathématiquement la mesure de la valeur intellectuelle de l’homme et de la femme. C’est ce que M. Proudhon a fait chez nous avec une ridicule prétention de rigueur à laquelle je ne fais pas certes l’injure d’assimiler entièrement le procédé de M. Mill. Proudhon, qui s’est proposé d’émanciper tant de choses, s’arrêtait devant l’émancipation politique de la femme. Il fait plus; il déclare la femme inférieure sous tous les rapports à l’homme. Il prétend exprimer cette infériorité relative qu’il exagère sans mesure par des