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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/643

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lui, et l’autre par le duc de Mayenne, avec lesquelles on combattrait résolument les huguenots en Poitou et en Dauphiné. Pour les ducs de Nemours et d’Elbeuf, ses cousins, il demandait les gouvernemens de Lyon et de la Normandie. Le comte de Brissac, qui avait commandé sur les barricades, serait nommé gouverneur de Paris, et on livrerait à la ligue de nouvelles places de sûreté; en un mot, c’était l’abdication du roi.

Telles furent les conditions que Catherine dut porter à une cour éperdue, renfermée dans le Louvre et craignant d’y être forcée. La journée s’épuisa sans qu’on pût tomber d’accord; mais la sédition ne désarmait point, et le roi de son côté croyait, en gagnant du temps, éviter de si dures extrémités. Les hostilités reprirent dès le matin du 13, et le duc attisa le feu cette fois en faisant sonner partout le tocsin d’alarmes. Du quartier de l’Université, des Halles, des faubourgs, des bandes armées se dirigèrent sur le Louvre et y portèrent l’effroi. La ligue ne doutait pas de recevoir le roi à merci. Catherine retourna au Marais chez le duc de Guise pour négocier de la paix, mais elle ne put traîner la conférence en longueur sans que le duc démêlât son intention. Averti en effet par sa mère qu’il n’y avait rien à attendre, Henri III s’échappa du Louvre, seul et à pied, par les Tuileries, où il trouva des chevaux, et se dirigea sur Saint-Cloud. Le duc en apprit la nouvelle pendant que Catherine discutait encore avec lui, et dit vivement : « Madame, je suis perdu; pendant que votre majesté m’amuse ici, le roi vient de s’évader pour me faire plus de mal que jamais. » Le duc était maître de Paris, mais le roi s’était soustrait à ses coups mal dirigés et avait déjoué les calculs des ligueurs par sa fuite. Les membres du gouvernement royal dispersés un moment se réunirent à Chartres auprès du roi, et une phase nouvelle de la lutte s’ouvrit. Henri III fit connaître les événemens aux gouverneurs des provinces et des villes, et il informa le pape ainsi que les princes souverains de l’attentat du duc de Guise, qu’il dénonçait comme l’auteur de tous les troubles de France, en signalant la complicité de Mendoza, ambassadeur espagnol à Paris. En même temps il se mit en communication avec le roi de Navarre, sentant bien que là était la suprême espérance de la dynastie royale si ouvertement attaquée. De son côté, le duc ne laissait pas que d’être inquiet, malgré sa victoire, qui était compromise en restant incomplète.

Tirant l’épée contre son roi, il n’avait osé en jeter le fourreau, comme le lui reprocha le duc de Parme, gouverneur espagnol des Pays-Bas, dans l’esprit duquel il perdit son crédit, comme on le voit par les lettres réciproques. Si le 12 mai, disait-on, au lieu de s’enfermer dans son hôtel de la rue du Chaume, il eût marché résolument sur le Louvre, Henri III était perdu; mais le duc avait espéré