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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/639

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nât pas de motifs de récriminations, ce qui sera facile, sans nuire aux intérêts de votre majesté. J’oserai recommander de bonnes paroles, de promptes réponses jointes à des témoignages d’estime. Dans les choses importantes ou préjudiciables pour votre majesté, il faudrait tenir ferme. Je supplie votre majesté de pardonner la liberté avec laquelle je m’exprime ainsi; elle sait que c’est le zèle de son serviteur qui me fait franchir les limites. Mais je pense que, si on parvient à améliorer les rapports, il n’est pas impossible d’entraîner le pape dans la bonne voie, sauf toujours les questions d’argent, et sans rien retirer de son mauvais naturel et de son manque de foi, quand l’autre côté de la balance lui présente de plus grands profits. » Tels étaient donc les sentimens intimes de Philippe II et de Sixte-Quint l’un pour l’autre. Le gros des historiens s’y est mépris, et nous devons des grâces à M. de Hübner d’avoir dévoilé la vérité. On ne s’y trompait point à l’entour du pape. Il y avait trois partis bien marqués dans le sacré-collège : le parti espagnol, très considérable et très audacieux; le parti de la France, timide et en minorité; enfin un parti neutre, qui croyait faire sa cour en montrant de l’indifférence pour l’Espagne. Olivarès s’attaque souvent à ce qu’il appelle « la faction du sacré-collège qui professe la neutralité. » A l’occasion de la perte de l’Armada, ce parti régla ses impressions sur celles du pape, « autant par déférence, dit Olivarès, que par appréhension de perdre la faveur. » Lorsque les fâcheuses nouvelles acquirent de la certitude, « les mauvaises dispositions se firent connaître plus ouvertement. Beaucoup de ces cardinaux se donnaient l’air d’être soudainement affranchis. »

Vers la même époque, et sous l’influence des craintes personnelles que lui inspiraient les Guises, il paraît que Henri III et sa mère avaient fait proposer à Philippe II de resserrer les liens d’amitié entre les deux couronnes, se proposant probablement de décapiter par là le parti catholique en France, et de rompre ensuite plus facilement avec les Lorrains. Olivarès ne voyait qu’un leurre dans l’intention, et dans les avantages proposés une chimère. Je dois penser, disait-il, que votre majesté ne prend pas au sérieux la proposition française, et cependant il devenait aussi délicat d’en entretenir le pape que de garder le silence avec lui. Le principal auteur de cette idée d’union lui semblait être le nonce Morosini. L’ambition et l’espoir d’arriver à la papauté, grâce à sa situation de cardinal neutre, aurait bien pu agir sur lui. «Toutefois, ajoute Olivarès, à moins qu’il n’y ait quelque artifice là-dessous, j’ai de la peine à croire qu’étant Vénitien, il se soit franchement engagé dans une combinaison qui sera toujours si odieuse à la république, comme à tous les princes d’Italie intéressés à éviter l’union des cabinets de Paris et de Madrid. II serait aussi possible que, voyant la grande