Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/634

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


soutien d’une bonne cause les moyens employés au soutien d’une mauvaise. Il y a des causes bonnes et des causes mauvaises, les partis sont toujours détestables. La politique recherchera par nécessité le concours des partis, la prudence privée fuira toujours leurs engagemens compromettans, quelle que soit l’auréole dont leur drapeau s’entoure. Les gouvernemens réguliers qui suffisent à l’homme de sens sont institués pour sauvegarder la société de la tyrannie des partis.

Si l’on pouvait douter de ce que j’avance, on n’aurait qu’à jeter les yeux sur l’acte de la sainte union, auquel la ligue menaçante obligea le dernier des Valois à donner le sceau de son adhésion. Il n’y manqua que les ciseaux d’or tenus en réserve par la duchesse de Montpensier pour couper la chevelure royale en confinant la personne du dernier Valois dans un cloître. Les adhérens s’engageaient sur la vie et l’honneur, et « sur peine d’être à jamais déclarés parjures, infâmes et tenus pour gens indignes, » à s’employer de toute leur puissance pour remettre et maintenir l’exercice de la religion catholique, et pour cet effet promettaient de se tenir prêts, bien armés, montés et accompagnés selon leurs qualités, pour, incontinent qu’ils seraient avertis, exécuter ce qui leur serait commandé, et, parce que tels préparatifs ne se peuvent faire sans frais, il devait être levé la somme de deniers reconnue nécessaire à une chose si sainte. S’il était avisé d’avoir communication aux provinces voisines, il y serait pourvu en si bonne intelligence que chacun se put aider et secourir selon l’occurrence. A cet effet, tous les gentilshommes et autres catholiques étant de l’association seraient maintenus et conservés les uns par les autres en toute sûreté et empêchés de toute oppression d’autrui. Et, s’il y avait différend ou querelle entre eux, on devait les régler et composer par arbitrage selon qu’il serait juste et de raison. « Si même aucun des catholiques de la province, après avoir été requis d’entrer en l’association, faisait difficulté ou usait de longueur, attendu que ce n’est que pour l’honneur de Dieu, le service du roi, bien et repos de la patrie, il sera estimé en tout le pays ennemi de Dieu, déserteur de sa religion, traître et profiteur de sa patrie, et, du commun consentement de tous les gens de bien, abandonné à toutes injures et oppressions qui lui pourront survenir. » Enfin les adhérens promettaient et juraient d’observer les articles de l’union sans avoir égard à aucune amitié, parentage et alliance, de quelque qualité que fussent les personnes, « et semblablement de tenir secrète la présente association sans aucunement la communiquer, sinon à ceux qui en feront partie. » Rien n’y manque, on le voit, pour constituer une véritable société secrète, formidable par l’attache de ses membres, par la terreur des menaces et par les moyens d’action qui sont