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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/623

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éprouvée en octobre 1806. Le Moniteur westphalien ne tarissait pas en détails sur l’empressement de la bourgeoisie et l’enthousiasme des populations. « Le peuple se presse en foule sur son passage, se faisait-il écrire de Gœttingen. Il ne reste pas un habitant dans les maisons. Nous avons traversé une fête de 10 lieues. L’air retentissait des cris de vive notre bon roi ! » La ville de Brunswick lui donna un bal masqué au mois de mai. Partout des arcs de triomphe, des jeunes filles en robe blanche, des drapeaux déployés, des chapeaux en l’air, tout le programme peu varié de ces enthousiasmes « spontanés. » A Magdebourg, « toute la ville était illuminée; on remarquait beaucoup de transparens emblématiques et des allégories ingénieuses qui exprimaient les sentimens des bons habitans de Magdebourg pour sa majesté. » Plus tard, en septembre, le roi visita Osnabrück et Minden.

La vérité est que, dans le Brunswick et le Hanovre, on savait gré au roi de ses réformes : on était d’autant plus porté vers lui, qu’on avait peur d’une annexion à la France ; mais dans les pays prussiens on ruminait les lauriers du grand Frédéric, Rosbach, Iéna, les coups terribles de la fortune, on n’était pas encore disposé à faire fête aux gloires nouvelles; dans les campagnes hessoises, on restait invinciblement, aveuglément attaché à l’ancien despote. Jérôme avait déployé un faste royal dans cette revue de ses provinces. Il avait donné des audiences, visité des casernes et des manufactures, écouté des harangues, accepté des bouquets, fait manœuvrer des régimens. Il rapportait de ce voyage des impressions assez diverses. « Je ne puis dépeindre à votre majesté, écrivait-il à son frère, avec quel enthousiasme j’ai été reçu dans toutes les villes et villages de mes états, mais surtout à Brunswick... La province de Magdebourg, sire, est bien malheureuse; de pauvres paysans ont vu leurs lits, leurs meubles, vendus à l’encan; que l’empereur vienne au secours du pays, qu’il fasse grâce de la contribution de guerre!.. Quand même je ne serais plus destiné à régner sur la Westphalie, je n’en ferais pas moins la même prière à votre majesté. Ce peuple est bon; il peut être bien utile à la France; il est son avant-garde. » Napoléon répondait simplement : « La province de Magdebourg est la plus riche,... il faut qu’elle paie, comme les autres provinces m’ont payé. »

Malgré la cocarde et le drapeau national, le roi de Westphalie se trouvait dans une étrange dépendance. Une partie de ses ministres, les principaux généraux, les chefs de la nouvelle administration financière, lui étaient imposés par l’empereur. Les troupes françaises traversaient perpétuellement son territoire; elles occupaient Magdebourg. Napoléon surveillait son frère de près : Jollivet et