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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/586

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tanément transmettre tous les messages échangés entre l’Europe et l’Amérique. Qu’eût-elle fait, s’il eût fallu laisser sa taxe invariable et ne rien changer sans de longs délais? Autre difficulté : le commerce anglais, le commerce américain, imposent aux compagnies des langages de convention. Faudra-t-il traiter leurs messages comme dépêches secrètes et les soumettre ainsi à la double taxe fixée par le traité? On n’y peut songer, vu le prix déjà considérable des dépêches ordinaires. En revanche, la convention spécifie qu’une même dépêche, lorsqu’elle est adressée à plusieurs destinataires, ne paie qu’une seule fois la taxe, sauf un léger supplément pour chaque adresse. Les compagnies ont pris dans ce cas l’habitude lucrative de faire payer à chacun la taxe principale, et elles refusent de renoncer à ce bénéfice. Sur ces points divers, on pouvait encore à la rigueur s’entendre, la conférence montrant la meilleure volonté pour admettre tout ce qui n’était pas trop profondément contraire à sa réglementation. A Vienne déjà, elle avait permis aux compagnies d’adopter pour unité la dépêche de dix mots; à Rome, elle compléta cette mesure en admettant la gradation par mots au-dessus de dix. C’était une grande gêne, une grande complication pour les bureaux européens, puisqu’il leur fallait avoir un barème spécial pour les dépêches qui empruntaient les lignes des compagnies. On en passa pourtant par là; mais d’autres prétentions s’élevaient encore, par exemple en ce qui concerne le choix de la ligne. Lorsqu’une dépêche arrive à un point où deux voies différentes s’offrent pour la conduire à destination, le bureau de bifurcation doit pouvoir, dans certains cas, choisir la direction qui répond le mieux aux besoins du service; le traité donne en effet à cet égard les facilités nécessaires. Il se trouve que cette façon d’agir est généralement contraire aux intérêts des compagnies; on le comprendra dans le cas particulier que nous allons indiquer, et qui ne laisse pas de présenter une certaine importance. Les compagnies qui desservent le réseau transindien sont complètement liées d’intérêt avec celles qui exploitent la voie anglo-méditerranéenne ; ce sont les mêmes actionnaires, les mêmes agens, il n’y a presque qu’une seule et même compagnie. Il est donc naturel que le réseau transindien donne toutes ses dépêches pour l’Europe à la ligne méditerranéenne ; mais, entre les deux tronçons ainsi solidaires, il y a un intermédiaire : de Madras à Bombay, il faut emprunter les lignes de l’office indien. Celui-ci peut donc, si la voie que doivent suivre les dépêches ne lui est pas impérieusement indiquée, en retirer une partie à la ligne méditerranéenne et les confier à des compagnies rivales, comme par exemple l’Indo-European. Dans un tel état de choses, on conçoit que les compagnies veuillent laisser dans tous