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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/585

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avoir des intérêts distincts, contraires, inconciliables même; comment une seule personne pourrait-elle agir à la fois pour les uns et pour les autres? On en vint enfin à décider que les délégués de toutes les compagnies seraient appelés dans la conférence. On ne leur donnait bien entendu que voix consultative, et le président restait chargé de les inviter spécialement aux séances où il jugerait leur présence utile. Ainsi, dès la troisième réunion, les représentans des compagnies vinrent s’asseoir auprès de ceux des gouvernemens. Plusieurs agens représentaient collectivement le groupe des compagnies qui exploitent la grande voie méditerranéenne de l’Inde et ses prolongemens transindiens. La compagnie germano-moscovite, l’Indo-European, avait sa représentation spéciale. Il en était de même de l’antique Submarine telegraph Company, propriétaire des câbles qui joignent l’Angleterre au continent, et des compagnies transatlantiques réunies, à qui appartiennent les deux câbles anglais et le câble français. Un agent se présentait pour le groupe des deux sociétés Great northern telegraph et Great northern China and Japon extension. Enfin à la veille de la clôture de la conférence arriva des États-Unis M. Cyrus Field, représentant de la compagnie New-York’s, New-Fondland and London telegraph.

Les premiers rapports furent naturellement pleins de courtoisie. On se félicita de part et d’autre des relations qui s’établissaient entre les sociétés et les gouvernemens, et on exprima les plus heureuses espérances sur les résultats qui sortiraient de l’entente commune. De même que les états avaient de longue main préparé, par les soins du bureau international, la série des amendemens à la convention proposés par les différentes puissances, de même les compagnies apportaient le résumé des modifications qu’elles demandaient. Dès lors la révision du traité eut lieu en grande partie au point de vue des changemens projetés par les compagnies, et, il faut le dire, ils furent à peu près tous écartés.

Les compagnies cependant exposaient les nécessités propres de leur exploitation. Elles réclamaient notamment le droit de modifier leurs taxes, de les élever par exemple sans s’astreindre au consentement des états, sans subir les délais spécifiés par le traité. L’exploitation de ces câbles si coûteux et si capricieux, disaient-elles, exige des facilités spéciales. Sur les trois câbles anglo-américains, deux se sont trouvés rompus récemment; la compagnie transatlantique n’eût pu suffire au service, si elle n’avait pris immédiatement de son propre chef les mesures imposées par les circonstances : elle a tout de suite surélevé sa taxe et déclaré qu’elle n’accepterait plus de dépêche au-dessus de cinquante mots. Ainsi elle a modéré l’afflux des correspondances, de sorte qu’un seul câble a pu momen-