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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/569

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compagnies industrielles qui cherchent à tuer leurs rivales pour relever ensuite leurs prix. On écrivit dans le traité que « les réductions devraient avoir pour but et pour effet, non point de créer une concurrence de tarifs entre les voies existantes, mais bien d’ouvrir au public, à taxes égales, autant de voies que possible. »

C’était une matière assez subtile que ce principe d’égalité des taxes. Juste en lui-même, il demandait à être appliqué avec discernement et sans trop grande extension. Il n’y avait pas d’embarras pour les petites distances; mais, sur les grandes lignes, comment maintenir et assurer l’équilibre entre un grand nombre de voies souvent très différentes l’une de l’autre? Où s’arrêter d’ailleurs dans un moment où le réseau télégraphique atteignait les deux hémisphères? La conférence crut sans doute indiquer le maximum d’espace auquel son principe pouvait s’appliquer en inscrivant sur ses tableaux, d’après la règle qu’elle posait, la taxe des dépêches entre Londres et Kurrachée (frontière indienne). Huit voies furent ainsi placées côte à côte, et par une habile pondération on leur assigna à toutes pour la dépêche simple la même taxe de 61 fr. 50. Parmi ces voies se trouvait celle que suivait la compagnie Indo-European, dont l’existence avait été révélée à la conférence dans les circonstances que nous avons dites. C’était un édifice fragile que ce tarif multiple établi entre Londres et Kurrachée, si fragile qu’au dernier moment les longs efforts qu’on avait faits pour y arriver faillirent échouer par la résistance de l’Autriche, mécontente de la part qui lui était assignée. On arrangea l’affaire; mais de nouvelles difficultés devaient bientôt troubler cet équilibre instable.

En se donnant la tâche malaisée d’égaliser les tarifs par les différentes voies naturelles, la conférence devait songer à affermir, à augmenter au besoin les pouvoirs dont elle disposait pour agir sur les compagnies privées. Jusque-là en effet, le régime des adhésions au traité était resté un peu vague et indécis. Cette fois on spécifia nettement les conditions que les compagnies, comme les administrations d’état, devraient remplir pour participer aux avantages stipulés par la convention. Il y aurait sans doute des réfractaires; certaines compagnies, certains états même, refuseraient de se prêter à une réduction suffisante, et resteraient ainsi en dehors de la convention. S’abstiendrait-on de tout rapport avec eux? les tiendrait-on comme hors la loi? C’était là un programme bien difficile à réaliser. En fait, on avait été amené à entretenir des relations avec des offices dont le tarif restait manifestement trop élevé. Ne valait-il pas mieux déterminer un traitement, un modus vivendi, qu’on leur appliquerait,? On décida en conséquence que dans les rapports avec cette catégorie d’offices les dispositions réglementaires de la