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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/514

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de peine dans l’intention de maintenir la paix, d’éviter les complications qui pourraient mettre en jeu les intérêts des trois empires. À un point de vue plus général, si on avait voulu faire de cette réunion une façon de congrès exerçant une certaine juridiction sur les grandes questions européennes, l’Angleterre, il nous semble, serait la première à jouer un médiocre rôle dans cette affaire. Elle recevrait le prix du détachement égoïste qu’elle a montré depuis quelque temps. Elle se trouverait exclue du règlement des intérêts généraux de l’Europe, et par le fait, sans avoir combattu, après avoir mis au contraire tout son zèle à éviter de se laisser entraîner dans la plus légère intervention, même morale, elle se trouverait aussi directement atteinte dans son influence que peut l’être notre pays après la guerre la plus désastreuse. Si elle a montré une telle placidité, c’est qu’elle a reçu sans doute les explications les plus rassurantes, — à moins qu’elle ne soit désormais résignée à n’avoir plus aucun rôle dans les affaires du continent. Quant à la France, nous ne voyons pas pourquoi on voudrait en faire l’objectif direct et précis de l’entrevue de Berlin. Que l’empereur Alexandre et l’empereur François-Joseph aient reçu, comme on le dit, notre ambassadeur avec des marques particulières de sympathie, ce n’est même pas là une raison décisive ; mais à quel propos la Russie et l’Autriche se préoccuperaient-elles de prendre des mesures qui seraient une menace pour la France ? Il n’y a qu’une circonstance où l’accord des empereurs pourrait prendre un autre caractère et avoir peut-être des effets dangereux pour nous, ce serait si le radicalisme, triomphant momentanément dans notre pays, devenait un péril pour la sécurité générale ; alors certainement l’Allemagne compacte retrouverait, pour combattre la France, la pleine et souveraine liberté d’action qu’elle a eue en 1870. Ce serait là le service que le radicalisme nous rendrait ; il nous préparerait de nouveaux et inévitables désastres. C’est à la France d’y songer, de se rattacher à la seule politique qui puisse la conduire par degrés, avec le temps, à retrouver des alliances, des amitiés et les chances de se refaire un avenir digne de son passé.

Le radicalisme n’est point heureusement si près du succès, à en juger par le spectacle qu’offre la démocratie cosmopolite représentée par l’association internationale et par les insurgés parisiens qui ont réussi à quitter la France après la défaite de la commune. À Londres, les réfugiés de la commune en sont à se quereller de la bonne façon, à se regarder avec défiance, à s’accuser réciproquement de vol et de pillage, à se menacer les uns les autres d’enquêtes qui dévoileront tous les secrets. Si ce n’est pas beau, ce sera au moins instructif ; mais le plus curieux spectacle pour le moment est à coup sûr celui qui vient d’être offert par le congrès de l’Internationale réuni ces jours derniers en pleine Hollande, à La Haye, pour le plus grand honneur du progrès humanitaire et de « l’affranchissement du travail, » Est-ce que le temps