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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/510

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n’a été qu’une grande perturbation, elle n’a jamais été une institution régularisée, un gouvernement, il s’agit avant tout d’en faire un gouvernement, le gouvernement de tout le monde ; que ceux qui prétendent la fonder y réfléchissent. Sans doule la république n’est point absolument impossible en France, elle n’est que très difficile, et la première condition pour qu’elle puisse vivre, c’est qu’elle réponde à deux ou trois besoins essentiels, dominans, impérieux, d’un pays placé en face de la situation la plus délicate et la plus terrible. Il faut dire les choses comme elles sont, la république ne peut s’établir, se maintenir, qu’en s’imposant des freins à elle-même, en se créant des institutions, des habitudes qui la défendent des mobilités inhérentes à sa nature, et c’est d’abord surtout dans les affaires extérieures qu’une certaine fixité de direction et de dessein est nécessaire. La France est toujours la France sans doute, c’est nous qui le disons et qui gardons cette foi ; pour le monde, elle est la grande vaincue qui subit la juste expiation de son orgueil, de ses manies d’intervention universelle, de ses vanités dominatrices. Dans la situation d’isolement où elle a été rejetée, la France est tenue pour longtemps à une grande réserve. Elle ne peut avoir qu’une pensée, suivre les événemens, dissiper les défiances qui survivent à ses malheurs, reprendre peu à peu son crédit par toute une œuvre diplomatique nouvelle patiemment renouée, faire peu parler d’elle et peu parler elle-même. Si l’on se remet à débattre des questions prématurées, à préparer des revanches d’emportement et d’aventure, à menacer tout le monde de propagandes agitatrices sous prétexte qu’où est la république, le résultat est malheureusement facile à prévoir : d’abord on ne fera peur à personne, on restera suspect à tous. On jettera plus que jamais la confusion dans nos affaires, et la république sera bientôt répudiée, abandonnée par le sentimetit national comme le gouvernement le plus périlleux et le plus meurtrier pour cette grandeur française qu’il s’agit de relever.

La république, de quelque étiquette qu’on la décore, n’est possible qu’à la condition de protéger cette renaissance nationale par la plus prudente politique, comme aussi à la condition de répondre à cet autre besoin impérieux, celui d’un ordre intérieur permanent et garanti. Qu’on se pénètre désormais d’une vérité de jour en jour plus sensible, c’est que la France n’a plus la naïveté de se payer de mots sonores ou d’apparences. Elle n’a plus la superstition des princes, il ne faut pas lui demander le fanatisme d’une abstraction. Ce qu’elle veut avant tout, c’est la réalité des choses, la sécurité de sa vie intérieure et de son travail, une liberté régulière et paisible, le droit d’exister sans être à chaque instant exposée aux surprises, aux violences des passions et des sectes, ou des partis qui ont la prétention de la tyranniser dans ses goûts, dans ses habitudes, dans ses traditions. Plus que tout autre gouvernement, la république a besoin de donner ces garanties d’ordre et de sécurité, de