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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/509

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C’est là du reste à peu près le résumé, le sens de beaucoup de manifestations émanées depuis quelque temps des conseillers-généraux qui, après leur session, avant de se séparer, se sont rencontrés dans l’expression d’un vœu tout politique. Il est certain que ces idées se sont répandues peu à peu, que cette « république conservatrice » a gagné du terrain, puisqu’on parle déjà de lui donner une sorte d’organisation avec une vice-présidence, avec une seconde chambre et une loi électorale. C’est un mouvement d’opinion qu’il faut constater, qui est le résultat d’un certain ensemble de choses, surtout de l’impossibilité de toute autre solution, et auquel les incidens de la fin de la dernière session ont contribué peut-être à donner un caractère un peu plus précis. Autrefois on parlait d’une monarchie entourée d’institutions républicaines ; aujourd’hui on parle d’une république entourée d’institutions, non pas monarchiques, mais essentiellement, « profondément » conservatrices. Autrefois on se contentait d’aller chercher son idéal à Londres, maintenant on s’embarque pour les États-Unis ; soit, les tièdes semblent prêts à se résigner, bien des incrédules eux-mêmes ne sont pas éloignés d’en prendre leur parti. Que sortira-t-il de tout cela le jour où le pays lui-même sera mis en demeure de se prononcer ? Qu’on ne s’y trompe pas, le pays ne se nourrit ni de chimères, ni de superstitions, ni de fanatismes de parti ou de secte. Ce qu’il voit pour le moment, c’est la république de M. Thiers, de l’homme qui depuis deux ans s’est donné la mission de délivrer le territoire occupé par l’étranger, de raffermir à l’intérieur tout ce qui était ébranlé, qui n’est point encore arrivé au bout de sa tâche, selon l’aveu de M. Dufaure lui-même, mais qui a réussi à créer une situation presque inespérée, où la France ne dépendra plus bientôt que de sa propre sagesse, L’éminent patriote a pris une nation dans la poussière et dans le sang, il l’a remise sur pied, il lui a rendu le sentiment d’elle-même. Il a fait tout cela d’accord avec l’assemblée sans doute, il l’a fait aussi par sa prévoyance, par son bon sens et sous le nom de la république. S’il ne s’agit que de cette république et d’une sanction nouvelle des pouvoirs de M. Thiers, le pays aura certainement bientôt fait son choix ; il votera pour celui que M. le garde des sceaux appelait l’autre jour « un simple et bon citoyen, un bourgeois modeste comme vous et moi, qui n’a d’autre prestige que celui de la grandeur intellectuelle, » et le pays croira se couronner lui-même en laissant la direction de ses destinées entre les mains de l’homme qui l’a aidé à sortir d’un si profond abîme. C’est au-delà que la question se complique, et que les véritables difficultés commencent.

Se figure-t-on par hasard qu’il suffise de donner à ce qui n’est que provisoire un caractère plus permanent et d’imprimer à la république le sceau d’une institution définitive ? Est-ce que nous n’avons pas eu tous les définitifs possibles et sous tous les noms ? Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? La république a eu jusqu’ici un malheur en France, elle