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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/42

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REVUE DES DEUX MONDES.

Il y a ici un tolle général contre notre ami… Il paraît qu’à Claremont on s’est exprimé sur son compte d’une manière plus que verte : «… se fait tirer des coups de canon par tous les bâtimens anglais pour l’honneur de la république, et il n’a pas même fait une visite à son vieux roi mourant, ni à sa famille ! » Puis d’injurieuses épithètes que je ne veux pas vous redire. Le prince de J… ne le ménage guère. Tout cela m’attriste. Je l’ai fait prier d’aller faire sa visite. Ce que c’est que de se mettre dans une situation équivoque ! la conduite si noble de Changarnier ajoute encore à l’indignation de nos amis.

Ne rêvez pas coups d’état, il n’y en aura point. Si nous arrivons jusqu’aux élections, le prince Louis espère être renommé. Je suis persuadé, d’après ce que j’ai vu dans mon département, que, si les élections ont lieu, bien des représentans actuels resteront sur le carreau.

Il faudrait être dans la Gironde pour se bercer d’espérances ; au bord de la Seine, tout est sombre.


Auteuil, le 14 octobre 1850.

Définitivement il faut que je renonce à l’idée d’aller à Blaye. Ce n’est pas que je sois pressé par mes commissions : l’amiral L… est en voyage et ne revient guère avant la fin du mois ; mais mon équipage de la Reine-Blanche réclame tous mes soins. Vous ne pouvez vous figurer l’état d’abandon où sont tous ces braves gens. Mon successeur a laissé tomber cette noble frégate, que je lui avais livrée si brillante, si fière, à un degré d’abaissement vraiment déplorable. Je suis resté le vrai commandant pour tous les matelots, et c’est encore à moi qu’ils s’adressent aujourd’hui. Vous dire quel oubli de tout droit, quel abandon de tout devoir pèsent sur cette estimable race d’hommes, c’est à n’y pas croire. On dirait qu’on tient leurs services pour un souffle de vent ; dès qu’ils sont passés, personne ne veut s’en souvenir.

J’ai vu M…y. — Sa majesté le président est un peu désappointé de la revue de Satory ; on espérait plus d’entrain, plus de spontanéité : on n’a réussi qu’à troubler un peu les gens d’affaires. C’est un spectacle misérable que celui qui nous est donné, aussi bien du côté du président que du côté de la commission de permanence. La France a bien mérité d’être menée par de pareils hommes. Elle n’a pas été assez punie, il nous faut de grandes misères ; ce qui se passe est trop ignoble. Tout semble privé du souffle de vie. Les gens à fusion sont à faire pouffer de rire, si l’on pouvait rire de pareilles choses. — J’ai rencontré hier dans la rue des Champs-Élysées, par un grain à tout noyer, un beau cavalier suivi d’un groom et courant à bride abattue, le nez penché, faisant tête à des nappes