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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/410

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Bonaparte. L’occupation de la Hesse, de Fulda et du Brunswick par Napoléon Ier était une mesure commandée par l’altitude toute prussienne de leurs souverains et par le devoir d’assurer la sécurité de l’armée française. En était-il de même de la conquête de ces pays? Ce que les Hessois et les Brunswickois ont pu gagner à cette conquête et ce que la puissance réelle de la France a pu y perdre, la suite de cette histoire nous l’apprendra. Au point de vue du droit des gens, elle doit être blâmée. Il était trop visible que Napoléon y avait cherché moins la punition de souverains tyranniques, imprudens ou perfides que le profit de « sa maison. » Les historiens prussiens, qui ont tant déclamé contre la spoliation de la maison de Hesse par Napoléon, doivent, après les événemens d’il y a six ans, rentrer en eux-mêmes et s’attrister avec nous que le respect des petites puissances ait fait si peu de progrès de 1806 à 1866. Qui donc a le droit aujourd’hui en Prusse de jeter la pierre à Napoléon Ier ?


III.

Le nouvel état élevé sur toutes ces ruines portait un de ces noms comme l’empereur aimait à en évoquer de la poussière de l’antiquité et du moyen âge : le royaume de Westphalie. Il se composait : 1° des états du duc de Brunswick, y compris le duché de Wolfenbüttel, les comtés de Rheinstein et de Blankenburg; 2° des états de l’électeur de Hesse-Cassel, moins Katzenelbogen, sur le Rhin, et le comté de Hanau, sur le Mein; 3° de l’abbaye de Corvey, une des possessions de la maison d’Orange-Fulda; 4° des pays de Gœttingen, Osnabrück et Grubenhagen, enlevés à l’électeur de Hanovre, roi d’Angleterre; 5° parmi les territoires prussiens qui entrèrent dans le royaume de Westphalie, les uns étaient d’anciennes possessions des Hohenzollern acquises par les guerres, les traités, les héritages, les sécularisations du XVIIe et du XVIIIe siècle, comme l’ancien évêché d’Halberstadt, le comté de Mansfeld, la ville et l’évêché de Magdeburg, et surtout cette Vieille-Marche de Brandenburg, située sur la rive gauche de l’Elbe, et qui avait été autrefois le boulevard de la Germanie et le point de départ de la colonisation allemande dans l’Europe orientale. Les autres étaient de récentes acquisitions de la Prusse lors du recès germanique de 1803 : ainsi Paderborn et Hildesheim se souvenaient encore de leurs évêques, Quedlinburg de son abbé, Mûlhausen, Nordhausen, Gosslar, de leur liberté municipale, l’Eichsfeld (en Thuringe) de l’électeur ecclésiastique de Mayence. Il y avait une grande différence, au point de vue politique, entre les anciens et les nouveaux pays prussiens. Les pre-