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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/41

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LETTRES D’UN MARIN.

république est un cri de révolte ! C’est ignoble ! Parlons d’autre chose : la France, j’espère, n’est pas tombée si bas que ces misérables scènes de tréteaux puissent réussir. Le dégoût nous arrive de partout.

C’est le 10 que se marie mon neveu. Je vous écrirai quand je partirai. J’ai rencontré hier M. V…, toujours dans ses spéculations sur les plantes sans air. Savez-vous ce qu’il voit dans les fleurs qu’il fait ainsi pousser ? Ce ne sont pas les pétales qu’il compte, les pistils ou les étamines qui l’intéressent ; ce sont les gens qui viennent le visiter, membres de l’Institut, banquiers, banquières et marquises. Nous avons parlé de S… y, de son voyage en Syrie ; il n’en augure rien de bon, il voit de la femme là-dessous. Et vous ? Il faudra que j’aille voir le pauvre S….y au premier jour ; je n’espère pas le faire changer de voie, mais enfin, si je puis lui faire entendre une parole de sens commun, mon temps ne sera pas perdu. — M. de M… est en pleine fonction de censeur. Il est venu me voir hier, m’exprimer sa reconnaissance pour M. de L….. Ce sera un de nos assidus l’hiver prochain. Dites donc après cela que je ne place pas votre influence à intérêt ; mais vous êtes une ingrate, c’est connu. — Paris est dépeuplé de Parisiens ; en revanche force provinciaux, force étrangers, tout cela arrive par les trains de plaisir du dimanche. Aussi le lundi a une physionomie singulière. — Je ne sais plus rien, les affaires dorment. Les ouvriers ne veulent pas travailler plus de trois jours par semaine, ils passent les quatre autres à boire et à rêver la fortune dans la prochaine révolution. À bientôt !


Auteuil, le 23 septembre 1850.

Me voici de retour à Auteuil. Je vais prendre langue au ministère. Je suis à moitié abruti par la vie que je viens de mener. Je respire, et j’en ai besoin. J’ai diverses choses à faire, continuation de noces, petits cadeaux à acheter, à envoyer. Quelle corvée ! mais enfin on ne marie pas son neveu tous les jours.

Je ne vous dirai pas grand’chose de la politique par la raison qu’il n’y en pas. C’est un chaos, c’est un gâchis, c’est une véritable honte pour ce pays. Les légitimistes s’agitent d’une manière amusante ; ils font les affaires des autres. L’épouvantail du comte de Chambord fera proroger le petit Napoléon. Pour rien au monde, nos campagnes ne veulent de la légitimité. Quant à la fusion des partis, il n’y faut pas penser. Je ne parle pas de la réunion des deux branches ; qui diable s’en soucie, hors les légitimistes ? Il leur serait commode d’absorber tout à coup l’ancien parti d’Orléans. Les gens qui reviennent de Wiesbaden sont loin d’être enchantés. Leur héros n’est pas propre. Son entourage mériterait des verges.