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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/361

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nant à se donner du relief, à faire figure. « Les sots du parlement, du clergé et les ministres étrangers attendent à juger par mon logement de ma faveur ou de ma disgrâce. » — La lettre de cachet du 13 décembre 1758, qui l’exilait dans l’abbaye de Vic-sur-Aisne, coupa court à sa vaine agitation : cette mesure un peu brusque, mais facile à comprendre après ce que nous savons, rendait à la vie privée, dont il n’aurait jamais dû. sortir, ce démissionnaire attardé qui s’était précipité du pouvoir et qui ne savait pas en descendre.

Désabusé de ses illusions vaniteuses, Bernis supporta dignement le coup imprévu qui le rappelait à lui-même. Dans l’émotion de sa disgrâce, il fit paraître, comme on disait alors, les sentimens d’un honnête homme : il n’accusa pas Choiseul et sut garder une reconnaissance fidèle à son ancienne protectrice. Tous ses mérites reprirent le dessus, dès qu’il fut revenu à son naturel et dépouillé du personnage d’emprunt qui l’écrasait. Voici en quels termes il répondit à la lettre de cachet du 13 décembre : « Sire, je vais exécuter avec le plus grand respect et la plus grande soumission les ordres de votre majesté. J’ai brûlé toutes les lettres dans lesquelles votre majesté entrait dans des détails qui marquaient sa confiance. Mes étourdlssemens m’avaient fait prendre toutes les précautions qu’on prend à la mort. » Le même jour, il écrivait à Mme de Pompadour : « Je crois devoir, madame, à notre ancienne amitié et aux obligations que je vous ai de nouvelles assurances de ma reconnaissance. On les interprétera comme on voudra ; il me suffit de remplir vis-à-vis de vous un devoir essentiel… Le roi n’aura jamais de serviteur plus soumis, ni plus fidèle, ni vous d’ami plus reconnaissant. » Trois jours après, il s’adresse de nouveau à la marquise et au roi pour confirmer ses premières déclarations. « Votre réponse, madame, m’a un peu consolé. Vous ne m’avez point abandonné… Je vous adresse une lettre de soumission pour le roi. Je lui demande d’ôter à mon exil ce qui peut me présenter à l’Europe comme un criminel d’état. » — « Sire, j’avais cru devoir me justifier auprès de votre majesté dans une lettre assez longue que je supprime par respect. J’aime mieux avouer que j’ai tort, parce que, malgré mes bonnes intentions, j’ai eu le malheur de vous déplaire. J’avoue, sire, aussi franchement que je suis un mauvais courtisan… Je ne guérirai jamais de la douleur d’avoir perdu vos bontés ; j’y avais pris une confiance si aveugle qu’elle m’a empêché de croire que je pusse vous déplaire en vous suppliant d’accepter ma démission. » Le lendemain, il s’expliquait avec Choiseul lui-même en termes pleins de simplicité et de délicatesse : on nous permettra de citer encore cette lettre qui clôt l’incident de la disgrâce de Bernis. « Mme de Pompadour, monsieur le duc, a dû vous dire la façon dont j’ai pensé sur