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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/30

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REVUE DES DEUX MONDES.

de la semaine dernière ; ils ne respirent et n’ont jamais respiré que l’ordre. Aussi je ne puis m’empêcher de penser, en examinant cette nouvelle phase, qu’il n’y a rien de bien sérieux dans tous ces ébranlemens, dans ces bouleversemens dont on prétend la société menacée. C’est une vapeur noire qui n’a d’importance que dans nos cerveaux malades, qui n’a de force que dans notre lâcheté. Ce malheureux gouvernement de juillet n’a eu à combattre qu’une ombre, et c’est devant un fantôme qu’il a jeté sceptre et couronne. Eh bien ! aujourd’hui c’est à peu près de même. Le socialisme n’a rien de sérieux ; notre sottise seule peut le rendre dangereux. Si l’assemblée nationale veut bien ne pas se détruire elle-même par des niaiseries d’amour-propre, elle a la force en main ; elle peut fonder un gouvernement solide, irrésistible, et que tout le monde respectera. Que l’assemblée veuille, et le socialisme disparaîtra de la France comme une brume du matin aux rayons du soleil. On ne doit redouter que les hommes de trouble et de désordre, qui sont toujours prêts à profiter de nos dissensions.

Mais voilà bien des discussions politiques ; je suis au bout de mon papier. Le fait est que je ne puis guère vous parler que de ce qui remplit l’air, et notre atmosphère n’est que politique. Dites à M. de La Grange que la chose importante c’est la santé, le reste ne suit que de bien loin.


Paris, samedi 18 août 1849.

Je suis en mesure de vous donner des nouvelles de tous les vôtres. J’ai rencontré avant-hier au Palais-Royal votre neveu Edmond, accompagné de sir William, tous deux bien portans et bayant à toutes les boutiques comme d’honnêtes flâneurs ; j’ai su par eux que Mme de L… se porte bien. Puis voici que sur la place Bourgogne je me trouve nez à nez avec un cheval de fiacre traînant un milord, et dans ce milord je reconnais M. le duc de La Force, qui flânait aussi dans les rues de Paris. Maintenant il faut que je vous parle de la république, quelque ennui que vous puissiez en ressentir. Tout le monde se prononce contre l’impôt de 1 pour 100 sur le revenu. Passy, sentant que ses lois fiscales trouveront forte résistance et qu’elles ne passeront probablement pas, est tout prêt à quitter le ministère. Les citoyens Odilon Barrot et Dufaure restent. Voilà donc l’ami Dufaure qui s’en va colportant de rue en rue le portefeuille de son patron et qui ne trouve point placement pour sa marchandise. Je ne connais rien de plus triste que ce spectacle^ car enfin qu’est-ce que Dufaure ? Un homme d’élite de notre société, et voilà où nous en sommes ! On ne peut le donner à Fould, ce portefeuille, Fould est à l’index et n’offre aucune confiance. Reste Benoist-d’Azy ; mais