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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/298

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avait à livrer une véritable bataille dont le centre était le village de Loigny. Malgré tous ses efforts, malgré l’énergie de ses divisionnaires, l’amiral Jauréguiberry et le général Barry, Chanzy n’avançait pas, ou, s’il avançait, c’était pour être obligé de reculer aussitôt. A un certain moment, il voyait sa droite désorganisée, son centre faiblissant et ne pouvant plus tenir à Loigny, sa gauche disputant péniblement le terrain. La situation devenait critique pour lui, il avait engagé tout son corps, il n’avait plus rien à mettre en ligne. Il avait seulement appelé le 17e corps, qui était loin et qui ne paraissait pas. Le général de Sonis, arrivé de sa personne à Patay, frémissant d’impatience au bruit du canon, hâtait autant que possible la marche de ses troupes. A mesure que les régimens arrivaient, il les formait pour les pousser au secours des divisions du 16e corps, et lui-même il se portait au centre de la bataille, dans la direction de Loigny, avec ce qu’il avait sous la main, notamment avec un bataillon de « zouaves pontificaux » sous les ordres du colonel de Charette ; il n’avait pas plus de 800 hommes.

Il était quatre heures, il s’agissait de faire une suprême tentative pour reprendre Loigny, où quelques-uns de nos soldats se défendaient encore contre des masses ennemies qui occupaient la plus grande partie du village. De Sonis s’avance intrépidement avec sa petite troupe sous une grêle d’obus ; il sème la route de ses morts, et il est lui-même atteint d’une affreuse blessure qui le met hors de combat. Le colonel de Charette, dont le cheval est tué, met pied à terre, continue sa marche au milieu d’un feu qui redouble ; il arrive jusqu’aux jardins de Loigny, et, blessé à son tour, il tombe au bord du chemin, poussant encore du geste et de la voix ses soldats en avant. La lutte devient bientôt impossible, la mort abat cette jeunesse guerrière. Des trois cents hommes de Charette, il en revint soixante ! Cette héroïque charge de Loigny n’avait servi à rien. C’était le dernier espoir qui s’évanouissait, la bataille était perdue. Un instant, le général Chanzy, qui ne se déconcertait pas facilement, croyait pouvoir se borner à se replier dans ses positions du matin, et il aurait encore tenu tête assurément, s’il l’avait fallu, si on l’avait poursuivi ; mais il s’apercevait bien vite que le 17e corps était passablement démoralisé, et les chefs de ces jeunes soldats du reste ne lui cachaient pas qu’on ne pouvait rien leur demander de quelques jours ; il voyait que les divisions du 16e corps, tout en restant bien plus fermes, étaient elles-mêmes fort éprouvées. Il ne se dissimulait pas qu’une retraite plus complète devenait peut-être nécessaire, et que c’était de ce côté l’abandon de la marche sur Pithiviers.

Ce qu’on ne croirait pas cependant, c’est que ce même soir, au moment où expirait la charge de Loigny et où Chanzy venait de se battre tout un jour contre plus de 40,000 hommes, on écrivait de Tours