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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/276

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lignes un mouvement qui dépassait ses prévisions, qui l’étonnait. Il faisait battre le pays de tous les côtés, vers le Perche, vers Beaugency, sur la Loire ; il rencontrait partout des forces, il sentait de la résistance, et même, un jour où les reconnaissances bavaroises s’étaient trop avancées dans l’Orléanais, elles vinrent se heurter contre un poste de 38 francs-tireurs de Saint-Denis qui résistèrent jusqu’au dernier et tuèrent 137 Allemands, dont un colonel, sans parler des blessés. Il y avait de quoi donner à réfléchir. Seulement, si ces armées françaises encore indistinctes se disposaient à reprendre l’offensive, par où attaqueraient-elles ? Viendraient-elles par l’ouest, marchant sur Chartres et sur Versailles ? Commenceraient-elles par essayer de reprendre Orléans de vive force pour se jeter sur la route de Paris par Étampes ?

C’était, à ce qu’il paraît, la question qu’on se faisait au camp allemand, et c’était aussi la question qui s’agitait au camp français. Dès le 24 octobre, M. de Freycinet arrivait au quartier-général du commandant en chef à Salbris ; le lendemain, le général d’Aurelle se rendait à Tours avec son chef d’état-major, le général Borel, et le commandant du 16e corps pour assister à une délibération nouvelle sous la présidence de M. Gambetta lui-même. Que la marche sur Paris restât l’objectif suprême de la campagne, ce n’était pas douteux. Pour le moment, avec une armée qui valait mieux que ne le croyaient peut-être les Prussiens, mais qui était insuffisante encore, on ne pouvait aller ni si loin ni si vite. Il s’agissait tout simplement de faire le premier pas, de reprendre la ligne de la Loire, et l’attaque d’Orléans fut décidée. C’était là l’objet des deux conseils de guerre da Salbris et de Tours. L’opération était du reste habilement conçue. Le général Martin des Pallières, avec sa forte division de 25,000 à 30,000 hommes, devait remonter la Loire, aller la passer à Gien, puis se replier à travers la forêt d’Orléans pour arriver au moment décisif sur les derrières de l’ennemi ; pendant ce temps, le reste du 15e corps allait rejoindre le 16e corps sur la rive droite du fleuve à Blois, et toutes ces forces marchant ensemble, appuyées sur la forêt de Marchenoir, devaient s’avancer, sous le commandement du général en chef lui-même, à la rencontre des Bavarois par l’ouest d’Orléans. Les deux attaques combinées pouvaient assurément produire les résultats les plus sérieux, peut-être les plus imprévus, si elles réussissaient. Soit dit sans ironie, le projet de M. de Freycinet de « prendre l’ennemi entre deux feux » pouvait se réaliser.