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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/169

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il a poussé la restauration du château d’Ancy et du désintéressement avec lequel il a consenti à dépenser pour cette œuvre une somme qui suffirait à elle seule à constituer une fortune. Je dis que c’est un désintéressement véritable, car l’avantage privé qu’il peut retirer de l’embellissement de sa demeure est moindre que le service public qu’il rend aux arts en nous mettant à ses frais à même de contempler dans sa réalité la plus vivante et avec son caractère propre la magnificence d’une grande maison d’autrefois.

Les appartemens et les galeries ornées de peintures sont en nombre considérable; je me contente de citer ceux qui me sont restés présent au souvenir : la chambre de Diane, — la chambre du cardinal, — le cabinet du Pastor fido, — la galerie des sacrifices, — la galerie de Pharsale, — la galerie de Judith, — la galerie de Médée, — la chapelle. Les noms de ces appartemens et de ces galeries sont tirés des sujets dont les artistes les ont ornés, à l’exception d’un seul, la chambre du cardinal, ainsi désignée en souvenir d’une visite de Richelieu. Ce n’est point que toutes ces peintures soient excellentes et puissent rivaliser avec les belles décorations de l’Italie ; on peut même compter facilement celles qui possèdent un mérite véritable. Les meilleures sont de beaucoup celles qui sont attribuées au Primatice ou qui sont en tout cas l’œuvre de ses disciples les plus immédiats; malheureusement elles ont été fort éprouvées par le temps, et il est à craindre qu’elles n’aient bientôt disparu, si on ne peut leur venir en aide d’une manière quelconque. Il y a du mouvement et quelques très beaux groupes de femmes dans la galerie de Pharsale, œuvre de Nicolo del Abbate. De toutes ces fresques, celles qui me plaisent davantage sont celles de la galerie de Médée; ce sont justement les moins renommées, ce n’est pas une raison pour que je m’abstienne de cacher ma préférence. L’artiste a représenté les divers épisodes de la vie de Médée dans de petits ovales placés sur un fond clair rehaussé d’arabesques ménagés avec goût. Cela est léger, lumineux, riant a l’œil, et ressemble à une série de tableaux que l’on regarderait par le gros bout d’un lorgnette. Je ne sais trop quelle est la date exacte de ces miniatures de fresques, car, le château d’Ancy n’ayant guère été achevé en moins de cent années, ses diverses parties se rapportent à des dates assez différentes; mais elles m’ont offert quelque chose de l’intérêt que pourrait présenter une combinaison ingénieuse et discrète des petites décorations d’Annibal Carrache et du système d’arabesques de Raphaël aux loges du Vatican.

Peu importe cependant le mérite ou la médiocrité de chacune de ces fresques prise isolément; l’intérêt en est dans l’ensemble. Dans ces pages agréables, on peut suivre sans trop d’effort quelques-unes