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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/133

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ville. Il ne tarda point à lancer comme un manifeste du parti dont il était devenu le chef l’exposé de principes qu’il avait annoncé au sénat. On y retrouvait tout le fond des idées de Luther, mais les réformes réclamées étaient conçues de façon à ne pas entraîner la suppression immédiate de l’ancienne liturgie et le renversement du système ecclésiastique. Rothmann espérait ainsi donner le change au clergé et aux catholiques. L’effet de cet écrit fut considérable, et les luthériens jugèrent l’occasion bonne pour tenter une nouvelle entreprise. Ils s’emparèrent de l’église de Saint-Lambert et y installèrent Rothmann en qualité de pasteur. Ses sermons y furent plus agressifs que jamais. La guerre entre lui et les prédicateurs des autres paroisses prit un caractère des plus violens. L’ex-chapelain de Saint-Maurice voyait chaque jour grossir le nombre de ses adhérens. Le duc Éric de Brunswick, qui avait fait à la réforme une opposition résolue dans Paderborn et Osnabrück, ne pouvait manquer d’en agir de même dans son troisième diocèse, dès qu’il en aurait pris possession. Il intima bientôt au sénat l’ordre d’expulser Rothmann et d’interdire toute prédication réformée dans Münster; mais le conseil urbain subit encore en cette circonstance l’influence de ses membres luthériens, et, au lieu d’obéir aux mandemens épiscopaux, il s’efforça de pallier le caractère qu’avait l’enseignement du novateur, rejetant sur le compte de la calomnie les accusations dont celui-ci était l’objet.

Une mort soudaine empêcha l’évêque de poursuivre ses projets de répression; il expira le 14 mai 1532, et Münster, délivré pour un moment de l’autorité de son prince ecclésiastique, devint un champ tout ouvert aux entreprises des partisans de la réforme. Un mouvement protestant éclata dans les trois métropoles épiscopales qui avaient été réunies sous la domination spirituelle et temporelle du duc Éric. Tandis qu’à Osnabrück et à Paderborn les luthériens tentaient de substituer le prêche évangélique aux vieilles observances de la liturgie catholique, à Münster ils procédaient avec plus d’audace encore. Les adhérens de Rothmann se portèrent dans diverses églises, en chassèrent les curés et les prêtres et y introduisirent de force le nouveau culte. Déjà, profitant de la suspension de l’autorité épiscopale, des ministres réformés étaient accourus dans la ville pour prêter appui à l’ex-chapelain de Saint-Maurice. La résolution et la hardiesse des luthériens en imposèrent à la haute bourgeoisie, qui n’était pas en mesure de lutter contre une populace prête à tout oser. Le sénat se montrait irrésolu, l’émeute l’intimidait; il évitait de se rassembler à l’hôtel de ville, et tenait secrètement ses séances dans la demeure de l’un de ses membres. Chaque jour, on entendait parler de quelque nouvel attentat contre