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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 101.djvu/128

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confession de foi sur laquelle devait reposer l’église officielle de Strasbourg. Hofmann demanda à être admis à soutenir devant ses adversaires les propositions qu’il avait avancées. Le sénat fut contraint de céder à l’opinion, qui demeurait dans la ville peu favorable aux moyens coercitifs en matière de foi et voulait qu’on tentât simplement de dégager par la discussion la vérité théologique. Hofmann fut donc reçu à comparaître devant une commission de docteurs et à développer ses idées sur le baptême et les principaux points pour lesquels il n’était pas d’accord avec les protestans. Il ne réussit pas à persuader ses juges. Bucer triompha dans le synode. Capito et Schwenckfeld se virent contraints de désavouer leurs principes. Les choses prenaient une tournure fâcheuse pour les anabaptistes ; mais leur confiance dans Hofmann n’en fut nullement ébranlée. Celui-ci avait été ramené en prison. Ses coreligionnaires accoururent le visiter, et, le regardant comme un martyr, ils s’attachèrent d’autant plus à lui. L’autorité strasbourgeoise voulut faire cesser ces visites, et rendit la détention de l’apôtre plus rigoureuse et plus étroite. On l’enferma dans l’une des tours de la ville, et toute communication avec ses amis lui fut interdite. Alors les fidèles allèrent s’attrouper au pied du donjon où le maître était emprisonné, et à travers les barreaux d’une fenêtre qui donnait sur le fossé Hofmann pouvait encore adresser à la foule avide qui se pressait au-dessous de lui des exhortations et des discours. On eut beau interdire ces rassemblemens, le prisonnier n’en demeura pas moins pour les anabaptistes le guide vénéré et l’arbitre de toutes leurs pensées. Hs se repaissaient plus que jamais de ses prédictions sur la fin prochaine du monde et l’apparition de Jésus-Christ. Hofmann prétendait être Élie, tandis qu’un de ses adhérens, le Hollandais Poldermann, qui avait été arrêté avec lui, se donnait pour Enoch. Les prédictions de ces illuminés allaient promptement recevoir un éclatant démenti. La mort vint frapper le nouveau précurseur, quand il avait déjà pu se convaincre de la vanité de ses prévisions ; mais le misérable dénoûment de la prétendue mission divine de Hofmann ne désabusa pas des esprits dont le bon sens semblait à tout jamais banni. Le fantôme que les crédules anabaptistes avaient adoré comme une réalité ne se fut pas plus tôt évanoui, qu’ils coururent se prosterner aux pieds d’un autre, œuvre plus manifeste encore de l’imposture et de la folie.


III

L’introduction du luthéranisme dans la Westphalie avait amené depuis plusieurs années une suite d’agitations et de troubles qui remontaient à l’insurrection des paysans. Des émeutes s’étaient