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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/946

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peu contribué sans doute à ce retour de fortune pour le ministère anglais. Désormais cette question est entrée dans ce qu’on pourrait appeler la phase d’apaisement, elle dépend absolument de la décision du tribunal de Genève occupé à la débrouiller et à la résoudre. La situation de l’Angleterre reste donc aussi paisible et aussi régulière qu’on puisse l’imaginer. Il n’y a qu’un point difficile et délicat que nous ne voudrions pas appeler un point noir, puisque notre pays n’y est point étranger : c’est ce qui touche aux relations avec la France par suite de la dénonciation du traité de commerce. Le discours de la reine ne parle de ces questions qu’avec réserve et en laissant entrevoir la vraisemblance d’une solution favorable de ces difficultés ; mais avant la séparation du parlement le ministre a déclaré qu’à l’expiration du traité l’Angleterre restait maîtresse d’adopter certaines mesures de défense, et depuis ce moment le parti conservateur semble s’engager dans une campagne pour arriver au rétablissement d’un droit sur les houilles exportées. Ce n’est là au surplus qu’un détail dans une question qui intéresse industrie tout entière et où les gouvernemens porteront assurément tout leur esprit de conciliation.

L’équilibre du monde est certes composé de bien des élémens, et il reste livré à bien des oscillations. Depuis quelques années, tout s’est concentré au cœur de l’Europe et dans les crises qui ont remué l’Occident, si bien que des questions qui auraient mis autrefois toutes les politiques sous les armes ont presque disparu dans le tourbillon des événemens, témoin la révision sommaire des conventions de 1856 sur la Mer-Noire. À mesure qu’on revient à un état plus régulier, ces questions reprennent leur importance naturelle, et le lien qui rattache les affaires d’Orient aux grands intérêts occidentaux se retrouve tel qu’il était. Ce qui vient de se passer à Constantinople n’est peut-être pas sans rapport avec ce mouvement des choses. En une nuit, une révolution de pouvoir s’est accomplie, un grand-vizir qui semblait dans l’éclat de la faveur est tombé subitement, un nouveau grand-vizir s’est élevé, et ce n’est pas là seulement une crise ministérielle ordinaire : c’est tout un changement de politique, de système de gouvernement ; le coup de théâtre a été complet et aussi décisif qu’imprévu.

Que signifie en définitive cette révolution ministérielle ? C’est la défaite des vieilles idées turques, qui avaient repris l’ascendant depuis dix mois, que Mahmoud-Pacha personnifiait au pouvoir, et qui viennent de succomber devant la politique de réforme et de progrès, représentée par Midhat-Pacha, le nouveau grand-vizir. Cette politique qui triomphe aujourd’hui à Constantinople n’a d’ailleurs rien d’inconnu, c’est celle qu’ont inaugurée et pratiquée longtemps les hommes d’état les plus éminens de la Turquie, Rechid-Pacha, Fuad-Pacha, Aali-Pacha, et ce qu’il faut remarquer, c’est que le déclin ou l’éclipsé passagère de ces idées a coïncidé avec l’affaiblissement de l’influence occidentale par