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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/938

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 août 1872.

L’assemblée nationale s’est dispersée pour trois mois, M. le président de la république est parti pour Trouville, où il va se retremper à l’air salubre et fortifiant de la mer. Le moment du repos est venu après le grand effort de l’emprunt, sur lequel on peut épiloguer à perte de vue, qu’on peut décomposer de toute façon, et qui ne reste pas moins une marque éclatante du crédit de la France, le prix d’une année laborieuse consacrée par l’assemblée et par le gouvernement à une œuvre de patiente réparation. L’emprunt, c’est le dernier mot de la session, et certes le plus éloquent. Après cela, il était peut-être temps que ce bienfaisant repos des vacances vînt détendre la situation parlementaire, en permettant aux députés d’aller calmer leurs nerfs dans l’atmosphère pacifiante de la vie de province.

Assurément, malgré des incohérences inévitables et des diversions irritantes, cette session, qui vient de finir, n’aura point été stérile. Elle a d’abord donné au pays ce. qu’il désire le plus, la paix et l’ordre. Elle a vu se succéder presque sans interruption les travaux les plus sérieux et les plus utiles, les discussions les plus substantielles, les plus instructives et souvent les plus brillantes. Elle a produit surtout ces deux choses devant lesquelles il n’y avait point à reculer, qui étaient de première et impérieuse nécessité, — la loi du recrutement de l’armée, qui est le fondement de notre reconstitution militaire, et un ensemble de mesures financières destinées à élever les ressources du budget au niveau des nouvelles charges publiques. Ce n’est point sans peine qu’on y est arrivé, nous en convenons. Tous les systèmes de finances se sont livré bataille ; derrière les systèmes financiers, les passions ou les préoccupations politiques se sont plus d’une fois embusquées. On a cependant à peu près atteint le but, au prix de plus d’un sacrifice ou de plus d’une transaction, car l’assemblée actuelle a ce mérite d’avoir en elle-même une force intime d’honnêteté, de patriotisme et de modération qui finit