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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/869

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UNE PAGE
DE LA VIE DE GOETHE


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Les Affinités électives, nouvelle traduction.


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Le roman des Affinités électives, dont une plume facile, mais trop peu fidèle[1], vient de donner une nouvelle traduction, achève les confidences amoureuses que Goethe avait commencées trente-cinq ans plus tôt en écrivant Werther. C’est toujours lui qu’il met en scène, mais non plus comme autrefois, avec l’impétueuse ardeur et l’intrépide confiance de la jeunesse. Si le cœur du romancier est resté toujours jeune, s’il aime une nouvelle Charlotte autant qu’il a aimé la première, son imagination refroidie par l’âge, ne traduit plus aussi vivement au dehors le sentiment qui le possède ; il semble même que l’embarras d’une situation équivoque, difficile à expliquer, plus difficile encore à justifier, se fasse sentir quelquefois par la marche traînante des événemens et par le tour languissant de la pensée. On pardonne aux jeunes gens toutes les folies de l’amour ; on n’en pardonne aucune aux vieillards. Goethe le sait trop bien pour ouvrir son cœur aussi librement qu’à l’âge heureux où il composait Werther. Un amoureux de soixante ans ne parle pas de sa passion comme le ferait un jeune homme.

Les amours d’arrière-saison, les plus douloureux de tous, sont

  1. Traduction nouvelle par Camille Selden. Le système du nouveau traducteur rappelle un peu trop les belles infidèles des deux derniers siècles. Il amplifie et orne le texte de Goethe, comme le père Brumoy embellissait le texte de Sophocle et Letourneur celui de Shakspeare.