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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/866

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homme n’en peut digérer et deux fois autant à boire ; dans la prairie, il trouve une foule joyeuse ; le Kansas saignant [1] ne saigne plus ; en revanche le whisky coule à flots de ses blessures. Les Allemands établis au Kansas sont devenus si gras qu’ils ne peuvent plus parler. Ils vivent en bonne amitié avec les ours, qui ne cessent de grogner : « Bons Bavarois ! » On rencontre le Breitmann partout, dans les plaines à chasser le buffle, à Santa-Fé, sur la route de Dériver, dans le vieux Missouri hospitalier et propice à l’ivrognerie ; mais c’est au Kansas surtout qu’il accomplit sa mission. Breitmann fait tenir l’infini dans une éternelle bamboche.

L’auteur prétend que le grand nombre des Allemands accueillit ses ballades avec indulgence, comprenant bien qu’aucune n’était dictée par un esprit d’amertume ou de haine. S’il en est ainsi, c’est la preuve d’un bon caractère ; nous doutons cependant que la dernière publication de M. Leland, Breitmann uhlan, ait été particulièrement agréable à nos ennemis. Durant la guerre, les journaux américains et anglais les avaient plus d’une fois désignés sous le nom ironique de Breitmann, et en février 1871 Hans Breitmann parut à la fois comme principal acteur sur trois théâtres de Londres. A ce propos, le Daily Telegraph remarquait que le uhlan prussien de 1870 semblait destiné à prendre la place du cosaque si tristement fameux dans les invasions de 1814-15. Le journal anglais faisait un portrait exact, sinon flatteur, de ce bandit en uniforme bleu et jaune, qui porte au bout de sa lance « l’équivalent d’un mouchoir de poche sale, » qui apparaît pour rançonner et répond à un refus par des menaces rarement réalisées, car son succès, ce succès étrange, presque magique en apparence, qui fait que presque seul il s’empare d’une ville, dépend en grande partie de son impudence, de ses mensonges et de ses qualités d’espion.


« — J’apprends une prodigieuse histoire, qui ressemble à un roman, — comment Breitmann, avec quatre uhlans, s’est emparé de la ville de Nantz, que les Français appellent Nancy.

« On crut voir le roi Guillaume, — quand Hans entra dans la ville, — et, pareil à Odin, regarda, terrible, autour de lui en disant : — Malheureux ! apportez-moi votre maire ! »

D’un ton altier, le Breitmann continue ses réclamations, et ici mieux vaut copier textuellement la strophe, qui est en français, comme le reste en yankee :

« Ich temand que rentez fous ;
Shai dreisig mille soldaten
Bas loin d’ici, barpilou !
  1. Nommé ainsi à cause de la prétendue tyrannie des sudistes.