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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/865

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et cavaliers s’essoufflent, — les cailloux volent autour d’eux en étincelles. — Ropp ! Ropp ! je sens la brasserie ! — Nous approchons de quelque chose de bon ! — Ropp ! Ropp ! nous tenons la bière ! — Gling, glang, gloria !

« Écoutez la fusillade et le cliquets du sabre sur les casques ! Oh ! Breitmann, mauvaise pratique, quel tapage font les coups que tu portes… — Il crie : Hurrah ! — Nous avons pris la ville. — Gling, glang, gloria ! — Victoria ! Victoria ! les Allemands ont pris la ville !

« Avec des cris de hussards, les Allemands forcent la cave, — ils en font rouler les tonneaux. — Et tandis que fume la poudre, que les balles sifflent encore, — le Breitmann, hache en main, — fait sauter la bonde. — Gling, glang, gloria, etc.

« Dieux ! quelle rasade tire le Breitmann ! — les mains encore rouges de sang ! — Les voici tous à boire parmi les cadavres rebelles. — Et c’est de la sorte qu’à minuit, sur le flanc de la montagne, — ils aidèrent à faire de l’histoire [1]. — Telle fut la chevauchée de Breitmann. — Gling, glang, gloria ! — Victoria ! Victoria ! — La terrible chevauchée de nuit — des sauvages volontaires de Breitmann, — tous fameux, larges et carrés ! »


Breitmann traînard est encore pire. Ses soldats le croient mort, le quartier allemand de New-York a tendu de crêpes noirs toutes ses tavernes, tous les compatriotes du héros se sont soûlés à la grande fête de deuil de la Société de gymnastique. Quinze jours se passent. Est-ce donc son ombre qui revient ? En ce cas, elle a terriblement gagné dans l’autre monde ; habillée de neuf, elle porte six pistolets incrustés d’argent, un sabre d’empereur ; ses bottes sont bourrées de porte-monnaie, son sac regorge de dollars ; les chaînes de deux douzaines de montres sortent de ses poches, outre les cuillers d’argent ! Ne lui demandez pas d’où vient tout cela, il répondrait sournoisement : — Si vous ne me faites pas de questions, je ne vous ferai pas de mensonges. — Du reste, les journaux assurent que les irréguliers de l’armée de Sherman n’ont pas pris la moitié, pauvres gens, de ce qu’il leur fallait !

Assez longtemps après la fin de cette guerre, où nous voyons quels nobles motifs excitaient sa vaillance, Breitmann s’en va dans l’ouest. Il part pour le Kansas, il fait trois mille milles, et il en sait juste le compte, car à chaque mille saute le bouchon d’une bouteille de Champagne. Les gens de l’Illinois le régalent et le laissent ivre-mort ; à Leavenworth, on lui donne plus de nourriture qu’un

  1. L’un des orateurs du nord avait dit que l’armée fédérale, par ses actes, écrivait de l’histoire.