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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/860

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« Donnez au diable ce qui lui est dû, mais ayez soin de ne pas lui devoir beaucoup. »

« Certains hommes de génie me font penser aux aigles, qui vivent de ce qu’ils tuent, — certains hommes de talent aux corbeaux, qui vivent de ce que tuent les autres. »

« Le sage ne compte pas éluder les vicissitudes de la vie ; il cherche seulement à en émousser le tranchant.

« La peur est la première leçon qu’on apprend, la dernière qu’on oublie. »


Le proverbe favori de Josh Billings, c’est que le grand art pour bien écrire est de savoir s’arrêter. Il s’est scrupuleusement conformé à ce précepte, car ses sayings (dires), qui sont parfois de deux lignes, ne dépassent jamais deux pages ; malgré la forme plaisante que leur prêtent les bizarreries du dialecte, ils sont presque toujours sérieux au fond, et se distinguent par un grand souci de la morale, même dans les sujets qui paraissent s’en écarter le plus. Ainsi certaines considérations sur le baiser nous conduisent, en passant par le baiser maternel, le baiser du baby, celui de l’amitié, celui des fiançailles, à une jolie petite scène conjugale. « C’était hier soir, je devinai à son air empressé que le jeune homme qui passait près de moi était un mari qui venait d’échapper à ses affaires. Il hâtait le pas de plus en plus, lorsqu’à l’improviste il rencontra sa femme. Aussi naturellement que l’abeille vers la fleur, ils volèrent l’un vers l’autre ; il n’y eut rien de sentimental dans ce baiser, rien de coupable ; il résonna nettement, il remplit l’air comme une proclamation de la loi, et sans préambule, car un chapeau de 50 dollars en fut tout écrasé, et il chiffonna irrémédiablement une collerette de dentelle. Ce ne pouvait être le premier ; il trahissait une trop heureuse expérience, il n’était ni étudié ni volé ; il défiait l’écho, on l’avait longtemps désiré ; il était la digne récompense d’une journée sanctifiée par le travail, attristée par la séparation. Tel quel, je l’enviai plus qu’aucun autre. »

Billings se plaît aux menus détails de la félicité d’une famille unie ; la venue du premier baby l’emporte en plein lyrisme. « Si tu as une bonne femme, dit-il, tiens-toi tranquille et remercie Dieu toutes les vingt minutes ; mais que le ciel nous préserve des bas-bleus en ménage ! On nous dit qu’il n’y a aucune situation au monde qu’une femme ne puisse remplir aussi bien qu’un homme. Soit ; j’admets que par l’éducation on amène les femmes à ne plus savoir nous faire à dîner, ni bercer leurs enfans, et à traduire merveilleusement en revanche les églogues de Virgile. Josh Billings aimera toujours mieux être battu par sa femme dans les soins à