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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/805

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notre roi ferait sa cour à la reine Victoria. C’est vers le 8 ou 9 octobre que doit avoir lieu le voyage.

Que votre souvenir et vos assurances d’affection me font de bien ! — Rappelez-moi à M. de La Grange, et soyez heureuse.


Paris, le 20 septembre 1844.

Madame, j’ai été plusieurs jours sans avoir le temps de bien penser à vous. L’amiral était allé en Normandie chez sa sœur, à Vimère, pour y prendre Mme de Mackau et la ramener à Paris, et j’en ai profité pour décamper sur-le-champ et courir embrasser ma pauvre vieille mère. Quelle scène ! mon cœur de marin s’est attendri. J’ai retrouvé ma si bonne mère, qui pleurait en m’attendant, qui pleurait de joie en m’embrassant, qui pleurait en me parlant, et qui pleurait encore plus fort quand elle m’entendait lui répondre et que je la regardais. Elle était entourée de sa fille, de sa petite-fille et de deux charmans arrière-petits-fils. Est-ce la peine d’aller chercher le bonheur en Chine, dans la Malaisie, de fatiguer les mers pour courir après, quand il est là paisiblement à vous attendre au coin du feu ? J’ai été heureux moi-même du bonheur que je causais ; mais ce bonheur, comme toutes les choses de ce monde, n’a duré qu’un jour, et je suis revenu prendre le collier des affaires… Parlons donc d’affaires. Tout se dispose pour le voyage du roi en Angleterre, et moi-même j’ai fait tous mes préparatifs ; je me suis doré de la tête aux pieds pour aller briller dans les grandes salles de Windsor. Si je vous ai écrit que je n’étais pas sûr d’être de la partie, c’est que j’ignorais encore les dispositions de l’amiral, attendu que, la visite du roi n’étant que personnelle, la suite ne sera pas nombreuse, et je ne voyais pas que je valusse la peine d’être dans les bagages. S’il n’y a pas contre-ordre, je vous raconterai tout cela. Donc il est probable que Windsor fera tort à Chanday ; mais je me promets bien d’aller courir les parcs de là-bas pour me dédommager un peu de ne pouvoir boire du lait tout à mon aise dans votre cottage, comme vous dites, et reposer mon œil sur votre herbe et sous vos ombrages. Les journaux annoncent une promotion dans la marine, je ne pense pas que j’en sois. C’est incessamment qu’elle va paraître ; les aspirans s’agitent autour de moi, je vois cela ; je pourrais sans doute faire comme eux, mais en vérité je ne crois pas que cela en vaille la peine.

Nous avons eu des momens d’irritation fébrile depuis la clôture de la session, d’abord pour les affaires du Maroc, puis pour celles de Taïti. Maintenant nous sommes en calme plat ; tous nos muscles sont détendus, Paris est mort. C’est vraiment une chose singulière que le changement de physionomie que subit Paris au moment où