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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/804

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s’empressent de vous faire offre de service, si bien que vous ne savez auquel entendre, redoublement de misère ; il faut bien vous accorder qu’en tout cela vous êtes vraiment infortunée. 2° Vous étiez vous-même toute maléficiée ; mais voici qu’au moment même où M. de La Grange a besoin de vous, crac ! vous retrouvez vos forces, et vous vous dressez sur vos pieds comme une sœur ou un ange de charité, remettant vos propres douleurs à un autre temps… (Pardonnez-moi le décousu de mes idées, je suis dérangé à chaque instant). 3° Vous êtes terrifiée de l’immensité de votre voyage par terre et par mer sous le ciel de France ; eh bien ! en dépit de vos alarmes, M. de La Grange se trouvera, par le fait seul de voyager, guéri tout ensemble et de ses dîners léthifères et de ses maux. 4° Enfin jusqu’à votre politique qui se mêle d’être malade ! Oh ! pour le coup, belle dame, vous nous insultez. Que ça aille mal quand les députés sont en session, vous avez raison ; mais maintenant qu’ils sont en vacances, qu’ils courent les champs avec leurs femmes, supposer que le char de l’état peut aller de travers ou s’embourber, permettez-moi de vous faire observer que vous tournez singulièrement au National, et me l’écrire à moi ! Définitivement vous êtes malade, il faut que j’en revienne à ma ritournelle ; il vous faut un peu de mal de mer pour vous guérir de vos terreurs, il vous faut aussi quelques jours au milieu des feuilles d’automne de Chanday. Tout va sur roulettes dans notre machine gouvernementale depuis que le gravier des chambres ne grince plus dans nos rouages ; l’affaire de Taïti est arrangée ou plutôt conquise par nous ; ni désaveu, ni blâme, ni rappel, nous n’avons rien concédé. Il n’y a d’odieux que les criailleries plus ou moins calomnieuses de vos porte-nouvelles ; seulement M. Pritchard sera peut-être appelé à faire valoir ses droits en justice, s’il en a. Quant aux affaires du Maroc, nous vous avons donné deux ou trois tartines de gloire qui doivent avoir un peu calmé votre appétit, tant vorace qu’il puisse être. Le voyage en Angleterre se prépare, je ne vois à l’horizon d’autre grain capable de le suspendre qu’une tempête d’équinoxe ; or j’espère bien que nous laisserons passer l’orage avant de nous aventurer sur les flots.

Eh bien ! n’est-ce pas là un tableau à l’eau de rose de notre position ? Hier, il y avait grand dîner des ministres, et je vous réponds bien que la santé fleurie de votre ami M. Duchâtel s’épanouissait aussi bien à l’aspect rosé de l’horizon politique qu’à la vue de l’éboulement d’une montagne de truffes.

Irai-je ou n’irai-je pas en Angleterre ? Je ne sais rien encore de positif ; mais ce que je sais bien, c’est que je voudrais bien rester en arrière pour aller voir ma mère, et de là à Chanday, tandis que