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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/786

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politique est très rare chez les Magyars, race royaliste, qui depuis des siècles ne croyait pas pouvoir oublier dans ses chants de victoire le nom de son roi, même lorsque ce roi était le moins héroïque des empereurs, et qui, lorsqu’arrivaient les mauvais jours, lorsque les désastres persistaient, comme dans les guerres de la révolution et de l’empire, ne cessait pas de manifester son dévoûment pour le souverain vaincu. Au contraire, dans tous ces chants de la guerre d’indépendance, on ne trouve le mot de royauté, quand on le trouve, que précédé ou suivi d’une malédiction, — le plus souvent silence absolu. En cela, comme presque en toutes choses, l’ode magyare est restée fidèle à la réalité. Le 24 novembre 1848, trois semaines après l’irrémédiable défaite des révolutionnaires viennois, qui permettait au gouvernement de réunir toutes ses forces contre la Hongrie, Kossuth prenait la direction d’un gouvernement à peu près révolutionnaire. Le 2 décembre, l’empereur Ferdinand V ayant abdiqué, la diète refusait de reconnaître François-Joseph tant qu’il ne se ferait pas couronner roi de Hongrie, et pendant plusieurs mois les paysans de la levée en masse crurent se battre pour le roi contre l’empereur : dernière illusion monarchique qui cachait mal la révolution et la haine de la royauté. Chose singulière, cette passion si vive n’était pas durable, elle n’a pas dépassé une génération : le républicanisme héroïquement vaincu des Magyars n’a pas pénétré plus profondément dans l’âme de cette nation que le républicanisme de Cromwell, cruellement victorieux, n’a pénétré dans le tempérament politique de l’Angleterre.

Le conscrit enthousiaste, ouvrier ou étudiant de la veille, ne voyait pas si loin dans l’avenir : il chantait l’éclosion de la liberté et ses nobles amours, que le devoir austère pouvait condamner à la patience, non à l’oubli :


« Le bouton de la rose s’ouvre enfin, l’étendard de ma douce patrie se déploie : il reçoit les sermens d’une nombreuse et belle jeunesse ; elle le veut, la patrie magyare !

« Moi aussi, je deviens soldat ; mais pourquoi pleureraient-elles, les jaunes filles ? Elles apprendront que je suis un héros célèbre, elles m’appelleront « mon capitaine. »

« Je puis me fabriquer une lame d’acier, je puis découper pour ma patrie de belles armoiries ; la hampe du drapeau sera faite de bois de rosier, et j’y graverai le nom de celle que j’aime.

« Le rouge, le blanc, le vert, forment un ornement digne de la patrie magyare ; voilà le vêtement qui convient à ceux qui aiment la patrie d’un cœur pur.

« La soie aux trois couleurs flamboie dans l’air, mais autour de