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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/755

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sur tous les sujets. C’est un avantage et un péril, car, si l’on remue toutes les idées, on court le risque de les traverser simplement et de se borner, comme le disait M. Sainte-Beuve, à côtoyer tous les rivages sans aborder nulle part. Les appréciations erronées sur le synode n’ont pas manqué. En tout cas, il ne suffit pas que la curiosité soit éveillée pour qu’on soit bien informé. Notre intention est d’en donner une vue générale qui réponde à la réalité des faits sans nous écarter en rien de la plus stricte impartialité. Nous avons raconté ici même l’ouverture du concile : c’était une grande page de l’histoire religieuse de l’humanité ; l’histoire du synode protestant n’a pas moins d’importance, car dans le monde de l’âme et de la pensée la question du nombre et de l’éclat extérieur est de nulle valeur.


I

Tout est contraste entre les deux solennités. Ce n’est pas sous les voûtes de la plus imposante des basiliques que le synode s’est ouvert le 6 juin de cette année ; il s’est réuni dans un modeste temple qui n’avait d’autre parure qu’une tenture rouge. Aucun des membres de l’assemblée ne portait un costume officiel ; les laïques siégeaient auprès des pasteurs et au même titre. Sur un pupitre élevé et au-dessus du fauteuil du président, on voyait un volume ouvert des saintes Écritures, comme pour rendre visible aux yeux l’autorité souveraine de la réforme. Les harmonies sublimes et étranges des chants de la Sixtine étaient remplacées par la mâle simplicité des psaumes de David, qui avaient retenti tant de fois dans les luttes sanglantes du protestantisme français. Bien des yeux étaient mouillés de larmes en entendant vibrer l’hymne antique des grands jours, à ce moment où l’église réformée retrouvait enfin sa vraie représentation et avec elle la libre disposition de ses destinées après un intervalle de deux siècles, car le dernier synode officiel s’était tenu à Loudun en 1659, pour entendre par la bouche du lieutenant du roi un décret de dissolution précédant de bien près la révocation de l’édit de Nantes. L’émotion fut à son comble quand l’éloquent pasteur chargé de prononcer le discours d’ouverture, M. Babut, de Nîmes, évoqua devant l’assemblée ce glorieux et douloureux souvenir en dégageant des formules qui passent la foi impérissable, qui est la raison d’être de l’église et fait seule les apôtres et les martyrs.

Les discours écrits étaient remplacés par une discussion libre et vivante qui permettait les répliques immédiates. La scolastique tourmentée et méticuleuse en a été absente ; on a pu se convaincre que le protestantisme a bien désappris ce qu’on appelait le « langage