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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/749

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l’esprit révolutionnaire. Aussi est-ce un des plus grands services rendus à la société par le gouvernement actuel que d’avoir voulu soumettre au jugement de la loi l’immense procès qui se déroule encore aujourd’hui sous nos yeux, quelles qu’en fussent les difficultés politiques et matérielles, car ces difficultés ne sont rien à côté de l’immense bienfait d’un jugement par la loi. La loi en effet est la règle protectrice de tous ; en dehors d’elle, il n’y a plus que l’état sauvage. L’esprit révolutionnaire, en supprimant l’idée de la loi,. tend évidemment vers l’état sauvage. Il appartient aux gouvernemens de relever la croyance à l’état civil en s’asservissant eux-mêmes à ce qui est la garantie de tout état civil.

Sans doute, dira-t-on, il est salutaire que les gouvernemens observent la loi ; mais qui vous garantit qu’ils le feront ? Ce sera la liberté. Il n’y a pas d’autre procédé pour obtenir qu’un gouvernement observe les lois que la liberté parlementaire et la liberté de la presse. Hors de ces deux moyens, vous ne pouvez avoir, vous n’aurez jamais que l’arbitraire, même si les gouvernemens sont honnêtes, à plus forte raison s’ils ne le sont pas. Toute volonté non contrariée est toujours tentée d’aller à son but par les moyens les plus simples : si elle rencontre pour obstacle des règlemens et des lois, elle passera outre ; elle s’habituera peu à peu à tourner les difficultés et ne gardera des lois que ce qui lui sera utile contre les partis, jamais ce qui sera gênant pour elle-même. Elle forcera le sens de la loi quand elle pourra en tirer avantage contre les autres ; elle l’atténuera, et même la violera ouvertement quand elle en ressentira les atteintes. De là cette tendance de tous les gouvernemens à altérer plus ou moins la loi, et ceux qui l’auront le moins altérée seront ceux qui auront été le plus surveillés par l’opinion. C’est ainsi que le gouvernement de juillet est celui de tous qui a été le plus fidèle à la loi, parce qu’il a pratiqué sincèrement (quoique sous une forme étroite) la liberté parlementaire et la liberté de la presse.

Les personnes à qui le mot de liberté est désagréable, parce qu’elles n’y voient que le synonyme de l’anarchie, sont semblables à de mauvais médecins qui ne savent qu’appliquer tel remède à tel symptôme particulier, sans aller à l’origine du mal et le soigner par un traitement complet. Le mal, c’est le culte de la force ; ce mal ne peut être guéri que par le respect de la loi. Or le respect de la loi ne peut se répandre dans les mœurs que si les gouvernemens en donnent l’exemple ; mais ils n’en donneront jamais l’exemple, s’ils ne sont pas surveillés et contrôlés, — et ils ne peuvent l’être que de deux manières, par le parlement et par la presse. La liberté parlementaire, c’est-à-dire électorale, et la liberté