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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/747

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suivantes, il n’avait plus à craindre pour la paix, l’ordre était rétabli ; il commençait à s’apercevoir que la république était un gouvernement comme un autre. Il se dit : Pourquoi pas ? essayons toujours. Enfin les dernières élections ont paru un peu plus accentuées ; mais, outre qu’on ne peut rien juger sur deux ou trois élections prises au hasard, si l’on voulait toutefois donner une signification à ces élections, on pourrait dire que le pays, après avoir voulu essayer de la république provisoire, commence à la vouloir définitive. Or rien de tout cela n’est déraisonnable. Pas une de ces phases qui ne s’explique par de bonnes raisons, ou du moins par des raisons aussi bonnes que celles qui décident le suffrage électoral, restreint ou non, dans tous les pays du monde. Il nous semble donc que l’on peut dire sans exagération que le suffrage universel agit comme les politiques, sans esprit systématique absolu, tenant compte des circonstances et mesurant son vote à l’opportunité. Les étrangers abusent continuellement de ce qu’ils appellent le défaut de sens politique du peuple français. Ils en parlent bien à leur aise, n’étant pas dans les mêmes circonstances que nous ; on voit au contraire que dans toutes ces circonstances le suffrage universel a choisi la vraie solution, et, sinon toujours la meilleure, du moins la seule possible. Je lui reconnais donc les qualités du politique, qui consistent précisément dans l’appréciation du meilleur relatif, à défaut du meilleur en soi.

Le gouvernement du pays par le pays est accepté par tout le monde en principe ; mais nous avons vu combien il a été peu pratiqué jusqu’ici. Nous en contemplons aujourd’hui la première application sincère et sérieuse. La liberté électorale est entière, et rien n’est imposé d’avance au pays. C’est même, on peut le dire, un bonheur pour la république de n’avoir pas été encore proclamée définitivement. Par cela seul que l’adhésion du peuple a été réservée, elle n’en sera que plus sincère et plus imposante. Au lieu de n’avoir qu’à confirmer un fait accompli, ce qui semble toujours impliquer quelque pression, la nation aura conservé sa pleine souveraineté ; son verdict aura une pleine et irrécusable autorité. Quant à dire que le nom seul de république est déjà une usurpation, c’est comme si on disait qu’un peuple est usurpateur lorsqu’il se passe de roi. Un peuple a toujours le droit de ne pas périr, qu’il ait un roi ou non ; or un peuple qui n’a pas de roi est en république, quel que soit le nom que porte le gouvernement. Il n’y a pas là ombre d’usurpation.

Lorsqu’on dit que la république est le gouvernement de fait, on ne dit pas assez ; il faut dire qu’elle est le gouvernement de droit tant que le peuple n’a pas expressément manifesté la volonté d’être