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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/703

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




31 juillet 1872.

Les étrangers eux-mêmes l’avouent, les Français le sentent, un instinct universel le proclame ; il y a en France, dans cette France qui se relève à peine de la plus horrible chute, il y a dans cette patrie qu’on plaint quelquefois, qu’on admire souvent, qu’on aime toujours, une puissance de vitalité qui défie la mauvaise fortune. Elle a certes essuyé d’effroyables revers, qui auraient été peut-être mortels pour bien d’autres. Elle a passé presque toute une année à se demander si elle aurait un lendemain, comment elle pourrait réparer tant de ruines, faire face à tant de charges accablantes, à cette liquidation gigantesque de ses malheurs. Elle n’a point succombé, et non-seulement elle n’a pas succombé, elle se sent peu à peu renaître ; elle secoue le mauvais sort qui semblait s’acharner sur elle, et le jour où elle veut achever de se délivrer, payer sa rançon, toutes ses rançons, un emprunt comme on n’en a jamais vu vient montrer tout ce qu’il y a en elle de ressources, tout ce qu’elle inspire encore de confiance au monde entier. Il y a un an, un premier emprunt de 2 milliards était rapidement couvert deux ou trois fois ; c’était comme un favorable indice, comme le signe de ce que pouvait notre pays rendu à lui-même. Ce n’était rien cependant auprès de cet emprunt nouveau qui est maintenant un fait accompli, dont le résultat dépasse assurément toutes les espérances. La France avait besoin de 3 milliards pour compléter sa libération, on lui porte plus de 40 milliards ! L’emprunt est près de quinze fois couvert. Paris seul compte dans cette colossale souscription pour 14 milliards, la province pour près de 10 milliards. L’étranger a fait le reste. L’Allemagne elle-même n’est point la dernière à subir l’ascendant du crédit de la France. Des villes comme Berlin, Cologne, Francfort, ont souscrit pour plusieurs milliards, la Hollande pour près de 170 millions de rente, l’Angleterre pour 334 millions, Anvers pour 61 millions, Genève pour 23 millions de rente, l’Italie pour une somme considérable. Tout est dans les mêmes proportions, et dans cette masse de capitaux affluant de toutes parts,