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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/667

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assez étrange que le sentiment des philosophes puisse devenir une nouvelle d’état) mais ne savez-vous pas ce que c’est que les philosophes ou ce qu’on appelle ainsi en France ? D’abord cette désignation comprend à peu près tout le monde, ensuite elle s’attache spécialement à deux classes d’hommes, les uns qui tendent au renversement de toute religion, et les autres, beaucoup plus nombreux, à la destruction du pouvoir royal. » Remarquez cette date : 1765. A la même époque, un soir que le peintre Vigée, le père de Mme Lebrun, qui nous raconte le fait dans ses mémoires, sortant d’un dîner de philosophes où se trouvaient Diderot, Helvétius et d’Alembert, paraissait si triste que sa femme lui demanda ce qu’il avait : « Tout ce que je viens d’entendre, ma chère amie, répondit-il, me fait croire que bientôt le monde sera sens dessus dessous. » — Walpole continue en faisant à Conway une confidence énigmatique dont la clé a malheureusement disparu. « La preuve que mes idées ne sont point de pures visions, c’est que je vous envoie un papier fort curieux, et je crois qu’aucun magistrat n’eût osé le produire, même à l’époque de Charles Ier. Je ne voudrais pas qu’on sût qu’il vient de moi, pas plus que les renseignemens que je vous transmets, de sorte que, si vous croyez nécessaire de les communiquer à quelques personnes en particulier, je désire que mon nom ne soit pas prononcé. Je vous dis tout cela pour votre satisfaction personnelle, mais je ne voudrais pas qu’on pût supposer que je fais ici autre chose que me divertir. » Le papier auquel il est fait allusion s’est perdu, mais l’indication reste. La communication presque officielle de Walpole au secrétaire d’état indique que l’armée elle-même, à cette date, n’est pas exempte de la contagion des idées nouvelles qui circulent et répandent dans tous les rangs le germe d’où sortira vingt-quatre ? ans après la révolution.

Ce n’est pas que notre auteur soit fort dévot au trône et à l’autel. Il est whig de naissance, libéral d’opinion, sceptique par tempérament ; il n’a qu’un médiocre souci de la royauté en tant que délégation surnaturelle, et il tient en mépris le régime de l’arbitraire et le règne des courtisanes tel qu’il le voit fleurir en France : « Le monde parle de servir fidèlement les rois, et pourquoi ? Est-ce que je dois à une autre créature humaine plus, que je ne me dois à moi-même ? Quel est son titre à ma fidélité ? Est-ce que ces mots insensés de roi et de sujet la rendent meilleure que moi et moi plus mauvais qu’elle ? » En Anglais positif, bien éloigné de la théorie du droit divin et de la Politique tirée de l’Écriture sainte, il ne consent à voir dans la royauté qu’une fonction : « Un roi est établi pour ma convenance, c’est-à-dire pour la convenance de tout le monde, son pouvoir et sa richesse en sont les gages. Il a des ministres autour de