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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/625

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Depuis plusieurs années, ils regrettaient de manquer d’une imprimerie ; la presse tant désirée fut introduite à Tananarive avec tous les engins nécessaires à la typographie. Malheureusement l’imprimeur, presque aussitôt atteint de la fièvre, ne tarda point à succomber. L’événement terrible fut la mort de Radama. En montant sur le trône, la reine Ranavalona instruisit par un message les membres de la mission et les autres étrangers de son intention d’encourager la poursuite de l’œuvre commencée ; mais, soit défaut de sincérité de lapait de la reine, soit influence prépondérante de certains conseillers hostiles, les actes du gouvernement ne permirent pas de douter que les temps heureux étaient passés pour les Anglais qui résidaient à Madagascar.

Le successeur de M. Hastie près la cour de Tananarive fut informé très officiellement que la reine se refusait à le recevoir en qualité d’agent du gouvernement britannique, et quelle pensait n’être liée en aucune manière par le traité de Radama. L’envoyé anglais n’eut donc plus d’autre soin à prendre que d’annoncer son départ ; une réponse fort peu courtoise indiquait que rien ne serait plus agréable. M. Lyall ne put quitter la capitale, sans subir d’affreuses avanies. Une multitude de peuple suivant une idole portées au bout d’une longue perche vint se ruer sur la maison du consul, traitant de sorciers l’agent britannique et ses fils, elle les obligea de se retirer tout de suite dans un village éloigné de quelques milles. Des serpens apportés dans un grand sac avaient été lâchés sur le terrain, comme devant être les exécuteur de la vengeance de l’idole Ramahavaly. A la fin du deuil national, c’est-à-dire douze mois après la mort de Radama, eut lieu le couronnement de la reine. La cérémonie se fit avec une pompe extraordinaire ; on voulait offrir au peuple un imposant spectacle. Couverte de riches ornemens, Ranavalona, après avoir reçu la consécration, dit en prenant en main les idoles : « Vous m’avez été données par mes prédécesseurs, je mets ma confiance en vous. » La déclaration n’était pas de nature à rassurer les missionnaires protestans.

L’armée du sud, souillée de crimes, revint vers cette époque, traînant à sa suite des captives, les unes aux autres attachées sur une longue file, la corde au cou ; c’étaient les femmes, les sœurs, les filles des plus nobles parmi les vaincus. Les Européens témoins de ce monstrueux spectacle frémissaient d’indignation. Les membres de la mission évangélique ne tardèrent pas à se sentir profondément découragés. Chaque jour resserrés davantage dans leur action, ils voyaient le culte des idoles restauré, toutes les décisions du gouvernement prises en vertu des ordres d’une idole renommée ; l’épreuve par le poison était sans cesse appliquée de façon à se débarrasser des gens qui ne plaisaient pas. Au milieu de